Nusa Lembongan → Nusa Penida – 20 min de barque
Il y a 15 ans, Instagram faisait ses premiers pas, Facebook était encore à la mode, et on organisait ses vacances en achetant le Routard ou le Lonely Planet. Bali était déjà le cœur du tourisme indonésien, et Kuta voyait débarquer chaque été des charters de jeunes australiens impatients de surfer en journée et de s’imbiber en soirée. Au sud-est, dans l’ombre de l’île des Dieux, la petite Nusa Penida (tout de même un peu plus vaste que l’île d’Oléron, et nettement moins plate) n’était alors connue que des plongeurs. Qui d’ailleurs ne mettaient généralement pas les pieds à terre et se contentaient d’explorer les superbes fonds marins. Les infrastructures touristiques y étaient pratiquement inexistantes, de même que les routes.
Puis un jour, un influenceur lambda vint se prendre en photo au sommet des vertigineuses falaises de Kelingking, posta le tout fièrement sur Instagram, et changea à jamais le visage de Nusa Penida. Oui, le destin d’une île tient finalement à peu de choses. Aujourd’hui, ce sont chaque jour des dizaines de bateaux qui font le trajet depuis Bali. La plupart des visiteurs ne viennent en excursion que pour la journée, préférant le confort des resorts balinais à la rusticité des guesthouses locales. À leur arrivée, ils sont pris en charge par une nuée de taxis, les bus n’étant pas en mesure de négocier l’étroitesse des routes nusapénidiennes, sans parler des nids de poules – que dis-je, des crevasses, des failles, des gouffres… À la queue leu leu, les nouveaux maîtres motorisés de l’île iront lentement déposer leur précieuse cargaison sur les quatre ou cinq sites prévus dans leur tour. Sur chacun d’eux, le visiteur devra payer, puis patienter dans une longue queue, pour finalement obtenir le .jpg de ses rêves, la preuve numérique de sa présence en ces lieux, qu’il pourra glorieusement exhiber sur ses réseaux dans l’expectative de la petite décharge d’endorphine provoquée par l’apparition de chaque nouveau pouce vers le haut. Qu’il compte bien récolter en nombre, que diable, ce serait tout de même dommage de traverser toute la planète et de s’emmerder des heures durant en taxi pour rien… En fermant un œil, en faisant abstraction de ses milliers de congénères, des décharges sauvages de plastique, des singes obèses gavés aux chips, de la gigantesque carcasse métallique d’un projet d’ascenseur-parce-que-l-interminable-descente-à-pied-sur-des-marches-inégales-merci-bien, il arrive à s’imaginer être le tout premier à découvrir le coin. Jean-Pierre va être fou quand je lui montrerai ça à la machine à café ! Bon c’est pas l’tout mais l’heure tourne, et j’ai encore deux sites à voir…
Ça, c’est pour le côté pile. Heureusement, Nusa Penida a encore un côté face.







