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Nusa Penida, côté face

Nusa Penida

J’ai beau vomir mon mépris pour le surtourisme et la superficialité, j’ai beau m’enorgueillir de prétendre arpenter le monde de manière plus éthique et respectueuse, je n’en reste pas moins un visiteur parmi des millions d’autres, privilégié par le hasard de la naissance, heureux de mon conséquent pouvoir d’achat qui me permet de voyager trois ans sans charbonner. Que faire ? Demeuré prostré chez moi en me lamentant sur les terribles injustices de ce monde ? J’accepterais volontiers de renoncer à mes privilèges si cela permettait à l‘humanité de manger à sa faim. Facile à dire. De toute façon, il n’en est rien. Alors j’essaye à tout le moins de privilégier les petits hébergements et les restaurants locaux. De limiter au maximum mon impact sur les sites visités. De sourire, d’être poli, de m’intéresser, de respecter, de garder mon calme. D’être un bon touriste.

Si Nusa Penida a vu débarquer les foules depuis une dizaine d’années, ce n’est évidemment pas sans raison. L’île est superbe. Et pour peu que l’on s’écarte des quelques « incontournables » souillés mentionnés hier, l’île a conservé cette luxuriante beauté sauvage qui me fascine en Indonésie. Le vaste intérieur, vallonné à souhait, couvert de jungle ou de maquis, est parsemé de petits villages figés dans le temps, reliés entre eux par d’étroites routes qui n’ont jamais entendu parler de lignes droites. Poulets, chiens et bambins y courent librement, saluant encore parfois l’étranger de passage. Si la côte nord, où se concentrent les quelques petites villes, est relativement classique dans son alternance de plages et de criques, la côte sud s’arrête brusquement deux-cents mètres au-dessus des flots agités de l’océan Indien. À l’horizon, aucun obstacle avant les falaises de glace de l’Antarctique. Parfois, une rambarde sommaire permet d’oser jeter un coup d’œil en contrebas. Souvent, il n’y a rien d’autre que le vide, et le cerveau qui s’emballe. « Douuucement, un pas, un simple petit pas, et tu finis en nourriture pour poissons. En plus ce ne sont même pas des requins qui tournent sous tes pieds, mais des paisibles raies mantas. Elles n’ont que faire de l’offrande. » Histoire de changer de perspective, il est parfois possible de descendre, le long d’un ru ou via une interminable volée de marches inégales taillées dans la roche. En guise de récompense, du sable fin, des flots bleus tapageurs, et un torticolis à trop rester le nez en l’air, écrasé par l’irréelle verticalité des ces parois sombres tranchées de vert.

Alors oui, cent fois oui, en fermant un œil, et au prix de quelques petites abstractions, il est difficile de ne pas s’émerveiller en explorant le côté face de Nusa Penida. Amis touristes, choisissez votre camp !

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