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Pigeon rebelle

Sigiriya

L’Asie est un continent largement à la portée de toutes les bourses européennes, du moins pour qui sait voyager « localement » (car il est aussi relativement facile de faire gonfler la facture). Bien sûr, en tant que portefeuilles ambulants, les touristes que nous sommes n’échappent que difficilement au gonflage des prix. Pourquoi les locaux se priveraient-ils ? Ainsi le même petit restaurant, suivant sa localisation en zone touristique ou non, verra ses prix multipliés par deux ou trois. Pour exactement la même nourriture, mais avec une décoration à base de guirlandes lumineuses, un menu en anglais, et de la pop internationale beaucoup trop forte. C’est le jeu. Et ça profite aux habitants, donc pourquoi pas.

Là où cela devient n’importe quoi, c’est lorsqu’un gouvernement en faillite s’en mêle. Ainsi les prix des billets d’accès aux grands sites touristiques, souvent fixés nationalement. Depuis un moment déjà, il est de bon ton d’avoir une tarification différenciée entre locaux et étrangers (à quand cela en France, première destination mondiale ?). Et personnellement, je trouve ça très bien. Cela permet de maintenir des tarifs raisonnables pour les habitants, qui peuvent ainsi profiter de leur patrimoine. Et en même temps cela permet de remplir un minimum les caisses, grâce à des touristes au pouvoir d’achat nettement supérieur. La différence de prix peut être conséquente, de l’ordre de fois cinq, voire fois dix.

Mais pour grimper sur le célèbre et spectaculaire « rocher du lion » de Sigiriya, à savoir un énorme monolithe qui culmine à 200 m au-dessus d’une jungle épaisse, et dont le sommet est occupé par les (maigres) vestiges d’un palais millénaire, ou d’un temple, on ne sait pas trop en fait ; donc, pour avoir le droit de grimper sur ce gros rocher, à la queue leu leu et en plein cagnard, il vous faudra payer en tant qu’étranger la bagatelle de 100 fois le montant demandé aux Sri-lankais. 100 fois ! Soit 35 dollars en l’occurrence.

Sinon, pour 35 dollars, vous pouvez aussi passer deux nuits avec petit-déjeuner dans une confortable guesthouse. Ou profiter d’un bon dîner pour 4 personnes. Ou encore en France, vous pouvez visiter le château de Versailles, et vous offrir une bonne glace à la sortie. Loin de moi l’idée de chercher à comparer Versailles et Sigiriya, mais à un moment donné, il faut cesser de chercher à ponctionner toujours plus des touristes qui, fatigués d’être pigeonnés, commencent à se détourner de certaines destinations surcotées. Donc personnellement, je n’ai pas escaladé le « rocher du lion ».

En revanche, j’ai fait plein d’autres trucs très chouettes dans le coin, car il est facile de rayonner depuis Sigiriya. J’ai admiré les superbes grottes-temples de Dambulla, remplis de sculptures et de fresques millénaires. Je me suis recueilli devant l’impressionnant Bouddha géant d’Awukana. J’ai médité le long des sinueux sentiers pavés du monastère abandonné de Ritigala. J’ai escaladé l’énorme rocher de Pidurangala, voisin de Sigiriya, pour un dixième du prix et la même vue incroyable. J’ai longuement arpenté la verte campagne alentour, couverte de jungle, de multiples réservoirs et de rizières, au milieu des singes, des écureuils géants et des éléphants sauvages (bon j’ai réussi à croiser par chance un écureuil géant et un éléphant, ce qui est déjà pas mal – les singes, des centaines évidemment). Bref, n’hésitez pas à aller faire un tour dans ce superbe coin du Sri Lanka. Mais ne vous sentez surtout pas obligés de grever vos finances pour grimper sur un caillou.

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