Foz do Iguaçu
Le hasard a voulu qu’à moins de 40 km d’une des merveilles naturelles du monde, on trouve une de ses consœurs, mais dans la catégorie « ingénierie » cette fois : le barrage d’Itaipu, sur le fleuve Paraná, à cheval entre le Brésil et le Paraguay. Je me devais d’aller y faire un petit tour…
Après 7 années de construction H24, le barrage permet de faire fonctionner dès 1984 la plus puissante centrale hydroélectrique au monde (elle a depuis été dépassée théoriquement par deux centrales chinoises, mais qui finalement fonctionnent de manière plus intermittente), qui fournit en gros 90% de l’électricité paraguayenne et 15% de l’électricité brésilienne. Plutôt correct. Du côté des chiffres, c’est d’ailleurs assez démentiel : suffisamment de béton pour construire 210 stades Maracaña ; assez d’acier pour aligner 380 Tour Eiffel ; 8,5 fois le volume de terre et de roche extrait pour creuser le tunnel sous la Manche ; le débit maximum des canaux de décharge est 40 fois celui des chutes d’Iguaçu (ils sont fermés en ce moment, saison sèche, dommage). Un bon gros pépère quoi.
Mais peut-être le plus étonnant est son caractère binational. Dans un souci d’équité, tout est rigoureusement partagé. Par exemple la salle de contrôle, située de part et d’autre de la frontière (représentée par une ligne jaune au milieu), est occupée en permanence par deux agents brésiliens, deux paraguayens, et un chef alternativement de chaque pays (avec une rotation toutes les six heures). Brésil et Paraguay possèdent chacun 10 turbines génératrices. Mais puisque le second consomme nettement moins d’électricité que le premier, il lui en revend la majorité. Bon il y a quelques difficultés d’ordre technique, notamment le fait que la fréquence du réseau électrique paraguayen est de 50 Hz, et de 60 Hz pour le brésilien. Ballot. En tout cas un bel exemple de coopération internationale.
Évidemment tout barrage qui se respecte s’accompagne de son lot de controverses : 10 000 personnes déplacées (notamment des populations indigènes), des milliers d’hectares de forêt primaire inondés par le réservoir (plus les animaux qui vont avec, malgré un effort de « prélèvement » avant la mise en eau), des chutes presque aussi classieuses que celles d’Iguaçu englouties à jamais (la cascade des Sept Chutes, si vous voulez rendre hommage), et des milliards de dette pour les deux pays. Mais alors que faire ? Bâtir des centrales nucléaires à tour de bras, qui, c’est bien connu, fournissent une énergie parfaitement propre ? Ou bien des centrales à charbon, soyons fous ? Sinon prôner la décroissance, et un certain « modèle amish » comme dirait Manu ? Et peut-on faire la leçon à ces pays longuement pillés par nous autres européens ? Quid du réchauffement climatique, va-t-il affecter le débit du fleuve et ainsi la quantité d’énergie produite (je n’ai pas eu de réponse lorsque j’ai posé la question…) ? Comme souvent avec l’être humain, il n’y a pas vraiment de solutions simples. Toujours est-il que la bête est là, et prévue pour durer au moins 200 ans (c’est l’envasement du réservoir qui finira par poser problème, pas le béton), ce dont aucune centrale nucléaire ne peut se targuer… À méditer.


















Les « gros trucs d’origine humaine » ce n’est jamais sans inconvénient… Le « petits trucs » aussi tu vas me dire… Bref, l’humain n’est pas sans inconvénient..
Les humains, quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes… 🙂 (tendre pensée pour ce cher Brice)
Diabolique ! Cela doit faire un bruit énorme à l’intérieur ! Ils n’ont pas besoin d’ingénieurs là-bas ? Tu habiterais dans l’Uruguay rêvé, pas très loin…🤣😂🤣
Bruit assourdissant, impossible de parler (plus une chaleur d’enfer et un taux d’humidité monstrueux). Seulement 3 000 employés pour gérer ce gros machin, et sans doute quelques ingénieurs dans le lot oui ! 🙂 Mais l’Uruguay n’est quand même pas la porte à côté !
Impressionnant !
Ça l’est !