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Architecture stalinienne vs patrimoine orthodoxe

Bucarest

Disons-le sans détour, Bucarest n’est pas ce qu’on peut appeler une belle ville. Je pourrais employer plein d’autres qualificatifs élogieux à son égard (dynamique, cool, attachante, pleine de chats), mais l’esthétisme n’est pas son point fort dirons-nous. Enfin sauf peut-être pour les nostalgiques de l’époque communiste.

Car Nicolae avait fait de Bucarest son terrain de jeu préféré, remodelant la plupart de la ville selon ses goûts. Et malheureusement, ses goûts étaient à tout le moins douteux. Son chef d’œuvre bien sûr : le Palais du Parlement (initialement Palais du Peuple), une sorte de monstruosité de 350 000 m² (270 x 240 mètres, pour une hauteur de 86 mètres) à moitié vide et toujours inachevé. Le deuxième plus grand bâtiment administratif du monde, derrière le Pentagone. C’est sûr que c’était vraiment indispensable de démolir plusieurs quartiers pour ça (20% du centre historique, 40 000 personnes à reloger). Dix années de travaux pharaoniques : jusqu’à 20 000 ouvriers, et un coût de 40% du PIB annuel du pays pendant la phase de construction, tout va bien… Évidemment pour accéder au bâtiment, rien de tel qu’un bon vieux boulevard, bordé de barres de bétons destinées à loger la nomenklatura qui ira bosser au Palais, malin. Nicolae voulait en faire le pendant des Champs-Élysées parisien. Je ne voudrais surtout pas paraître chauvin, mais j’aurais quand même tendance à dire que l’objectif n’est pas atteint.

Pourtant, parmi toute cette laideur stalinienne, quelques îlots de beauté subsistent, parfois bien cachés entre deux immeubles : je veux parler des églises et monastères orthodoxes. La foi y est palpable, et de nombreuses cérémonies ponctuent la journée. De véritables havres de paix pour échapper un temps au chaos urbain. Nicolae ne les aimait pas, et il en a fait raser un bon paquet. Par exemple au musée national d’art, une salle assez émouvante évoque feu le monastère de Văcărești, un incroyable chef d’œuvre du XVIIIème siècle, détruit sur ordre du dictateur pour construire… une salle polyvalente. Seuls quelques fragments de fresques furent sauvés et exposés au musée. Sans commentaire. Grossière erreur de prétendre agir au nom du peuple et de supprimer son opium, ça ne peut que mal tourner. D’ailleurs Vladimir lui l’a bien compris, et il a agi plus finement en mettant la religion au service de sa propagande. Malheur au prêtre qui oserait prêcher la paix pour l’Ukraine lors d’un sermon !

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