Menu Fermer

Le fabuleux destin de Nicolae Ceaușescu

Sinaia → Bucarest – 2h15 de train

Après cette apothéose montagnarde, je m’en vais retrouver la plaine, mais en train, marre des nationales mortelles, j’ai eu ma dose d’émotions hier. Direction la capitale, Bucarest, pas forcément la ville la plus incroyable de Roumanie, mais un passage obligé, ne serait-ce que pour mirer le démesuré Palais du Parlement, œuvre du célèbre dictateur Nicolae Ceaușescu. Allez pour la peine vous avez droit à sa bio, il faut dire que les autocrates ont souvent des vies plus trépidantes que les démocrates.

Le petit Nicolae naît en 1918 dans un sombre bled de Valachie, au sein d’une famille paysanne dite « moyenne ». Il fuit un père alcoolique et violent (classique) à l’âge de 11 ans (précoce), et se réfugie à Bucarest chez sa sœur, où il devient apprenti cordonnier. Jeune délinquant, il enchaîne les courts séjours en prison, où il découvre avec entrain le communisme. Aaah, nous y voilà ! En 1943, toujours en prison, il rencontre et devient le protégé de Gheorghe Gheorghiu-Dej, le futur dirigeant de la Roumanie après-guerre. Eh oui ça aide les relations ! Il occupe ensuite quelques ministères, gravit les échelons, et ronge son frein.

Enfin, en 1965, Gheorghe décède. Youhouuu ! Trois jours après, Nicolae l’impatient s’arroge tous les pouvoirs. Il prend modestement le titre de « Conducător, génie des Carpates, Danube de la pensée », et se positionne comme l’héritier politique des grands princes roumains. Sa femme Elena, couturière, est présentée comme « docteur, académicienne et scientifique de renommée internationale », et occupera à terme le poste de vice-Première ministre. Aaah la puissance de la propagande ! Népotisme oblige, il va placer tous les membres de sa famille à des postes clés. À noter cependant que sa fille, Zoia, était pour le coup une vraie mathématicienne, qui publia une trentaine d’articles dans des revues internationales. En conflit avec son père, elle renia son nom et fut surveillée toute sa vie par les services secrets. Comme quoi, l’intelligence et la sensibilité peuvent naître même au sein des pires familles de crapules…

Au sein du pays, toute voix dissidente est systématiquement emprisonnée, on ne va quand même pas se laisser emm***er par des jeunes agitateurs ! Mais étonnamment, sur la scène internationale, le couple Ceaușescu est au top, puisque la Roumanie est le seul pays du pacte de Varsovie à jouer sur deux tableaux, allant même jusqu’à inviter De Gaulle et Nixon. La vitrine du communisme !

Tandis que les années défilent, Nicolae prend la confiance, persuadé de la justesse de sa pensée, notamment après un voyage en Corée du Nord, où il se dit qu’il n’est finalement pas allé assez loin. Alors il s’emballe, réécrit l’histoire de son pays ; rase des villages par milliers pour les remplacer par quelques barres de béton volontairement inachevées où les habitants sont relogés de force ; met en place une politique nataliste draconienne qui conduit à la création de gigantesques orphelinats d’état (les parents n’ayant pas les moyens d’assurer la subsistance de leurs enfants, mais devant payer des taxes s’ils n’en font pas…) où le taux de mortalité est ahurissant… Bref, on se marre.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. En décembre 1989, une manifestation anti-communiste à Timișoara est réprimée dans le sang. Le feu est mis aux poudres. La rébellion s’étend à la capitale, et le couple est obligé de fuir en toute urgence à bord d’un hélicoptère, qui ne peut aller bien loin. S’ensuit une course-poursuite erratique dans la campagne, avant la capture et la remise aux autorités du couple. Deux jours plus tard, à l’issue d’une procédure de 55 minutes réservée jusque-là aux dissidents (toute l’ironie de l’histoire), un tribunal déclare Elena et Nicolae coupables de génocide, et les condamne à mort. Ils seront fusillés dans la foulée, en chantant l’Internationale.

2 Comments

  1. Perrot Isabelle

    C’est sidérant ! Et on a beau savoir que ça finit quand-même souvent mal pour ces tyrans, on se demande comment c’est possible qu’on leur laisse avoir tant de pouvoirs et aujourd’hui encore…

Répondre à Perrot Isabelle Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *