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Un selfie chez le comte

Brașov → Bran → Brașov – 1h30 de bus A/R

Tout au fond d’une crypte, un long grincement plaintif se fait entendre : un cercueil est en train de s’ouvrir. On pourrait penser que depuis le temps, le comte aurait huilé les gonds, mais non, il aime la symbolique du long grincement plaintif. Dracula baille, s’étire, fait craquer deux-trois vertèbres. Il passe dans le petit cabinet de toilette attenant pour ses ablutions matinales : saignée (eh oui, le seul moyen d’évacuer le sang absorbé une fois que son organisme a prélevé les éléments nutritifs nécessaires à son immortalité), brossage de dents (car sa maman lui a toujours dit qu’une dentition saine, c’est la base pour tout vampire qui se respecte), et un petit pschitt de phéromones « spéciales pucelles » sous les aisselles. Toute la difficulté étant de ne pas pouvoir se mirer dans la glace… Bon, il est temps d’y aller ! Le comte traverse quelques caves voutées, grimpe une longue volée de marches, pousse une porte dérobée… pour tomber nez à nez avec une groupe de touristes espagnols. « Tiens, Dracula ! Tu viens faire un selfie avec nous ? » Le comte bout intérieurement, mais joue le jeu. Après tout, ce sont ces guignols qui paient l’entretien du château…

Aujourd’hui je suis allé à Bran, au fond d’une vallée encaissée à la limite entre la Transylvanie et la Valachie. Là trône un superbe château du XIVème siècle, officieusement la demeure du comte Dracula. Et même très officieusement, puisque rien ne prouve que Vlad Țepeș soit passé dans le coin, et Bram Stoker n’a jamais indiqué qu’il s’était inspiré de ce lieu pour y faire vivre sa légende. Mais pas grave, le ministère du tourisme a déclaré que le château de Dracula était à Bran, point final. De toute façon vous n’arriverez pas à convaincre du contraire les centaines de vendeurs de colifichets agglutinés au pied de la forteresse, ni les milliers de visiteurs quotidiens.

Pourtant j’aurais préféré qu’il soit ailleurs. Car le château vaut vraiment le détour, avec ses tourelles délicates, ses escaliers en colimaçon, ses sombres planchers qui craquent, ses passages secrets, sa délicieuse cour intérieure… En prime meublé avec goût au début du XXème par la reine Maria, la plus célèbre des propriétaires officiels. Mais c’est une usine à touristes. Et encore, j’ai effectué ma visite en semaine, fin septembre. Je n’ose même pas imaginer l’horreur en juillet. Dommage en tout cas. Pour l’ambiance lugubre et mystérieuse, on repassera.

6 Comments

  1. P'pa

    Le chateau de Dracula, il faut qu’il y ait de l’orage, il faut y arriver la nuit sous la pluie et le vent… Ils ont tout faux.

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