Brașov → Prejmer → Hărman → Brașov – 45 km
J’ai évoqué à plusieurs reprises les églises fortifiées saxonnes, et j’ai fait quelques petits détours pour admirer plusieurs d’entre elles (notamment Biertan et Viscri), mais je n’avais pas encore fait de visite à proprement parler (j’hésite toujours à abandonner longuement mon vélo chargé, autant je peux attacher correctement le véhicule, autant il est facile de se barrer avec une sacoche sous le bras…). J’ai donc profité d’être un peu sédentarisé à Brașov pour aller explorer les églises de Prejmer et d’Hărman dans les environs.
Concrètement elles se présentent comment ces forteresses luthériennes (historiquement catholiques) ? Alors elles sont toutes assez différentes, mais on retrouve d’importants points communs. Une église déjà. C’est la base. Pas forcément énorme, le but n’étant pas d’impressionner le païen. Puis une enceinte circulaire, dont l’église est bien sûr le centre. Là il ne faut surtout pas lésiner sur l’épaisseur et la hauteur, on veut du costaud. Par exemple à Prejmer, 4,5 mètres d’épaisseur à la base, sur 10-12 mètres de haut. Ça doit pouvoir résister à une petite explosion nucléaire… Quelques tours le long de l’enceinte, histoire d’en imposer encore un peu plus. Des centaines de meurtrières afin de pouvoir arroser l’ennemi de projectiles divers et variés. Côté intérieur du mur, des rangées d’entrepôts ou d’habitations, sur plusieurs étages (même si cette partie de l’édifice est souvent arrivée bien plus tard). Et enfin une entrée. Oui c’est bête mais c’est malheureusement nécessaire. Alors comme tout le monde sait que c’est le point faible de la forteresse, on s’applique sur la conception, donc on a généralement droit à un beau corps de garde, un long tunnel, de la herse, possiblement du pont-levis, et tout un tas de dispositifs ingénieux pour mieux tuer son prochain. On a beau aimer Jésus, on ne va quand même pas se laisser massacrer par de l’envahisseur barbare sans rien dire.
Quand les Tatars ou les Turcs approchaient, on sonnait le tocsin, et tous les Saxons des environs rappliquaient dare-dare dans l’enceinte, qui était ensuite hermétiquement close. Les Roumains ? Ah nan eux ils devaient se débrouiller autrement. À savoir se cacher dans les bois, ou mourir. Près de 800 ans plus tard, les Tatars et les Turcs ne représentent normalement plus une menace, mais les églises-forteresses sont toujours debout. Et pourraient permettre de tenir un bon moment en cas d’invasion zombie. Contre les extraterrestres, moins sûr, ils attaquent depuis le ciel, c’est un peu le talon d’Achille de l’édifice…
