Tallinn
Les quatre capitales nordiques ont été fort plaisantes à visiter : vivantes, aérées, décontractées, esthétiques… Mais elles manquaient toutes à mon sens d’un petit quelque chose supplémentaire, de cachet ! À plus forte raison alors que j’avais passé précédemment deux mois en Espagne et au Portugal, où la moindre bourgade dégage un charme fou. Quel ne fut pas alors mon plaisir de retrouver ce « je ne sais quoi » ici à Tallinn, à mon sens l’une des plus belles capitales européennes.
Commençons par suivre la foule de touristes au cœur de la vieille ville moyenâgeuse, car oui malheureusement, qui dit petit bijou urbain facilement accessible, dit désormais nécessairement hordes venues du monde entier. Vanalinn, la ville basse, ceinte de prodigieux remparts merveilleusement conservés, est un dédale de ruelles pavées, agrémentées d’églises vertigineuses et d’antiques maisons marchandes. Tout est photogénique en diable, vous ne pouvez pas faire trois pas sans devoir vous arrêtez. Évidemment ça pullule de boutiques de souvenirs et de restaurants à touristes. Mais pas que, on y trouve aussi la plus vieille pharmacie d’Europe encore en activité ! Au sud-ouest, Toompea, la ville haute, la même mais en plus chic, avec deux cathédrales (une orthodoxe et une luthérienne), un château, des bâtiments officiels, et de somptueux panoramas. Bien sûr vous ne serez jamais vraiment seuls, ou peut-être en vous levant aux aurores. Mais tant pis, vous ne pouvez pas de toute façon faire l’impasse sur la vieille ville, sauf si vous êtes complètement imperméables au charme de l’ancien (et dans ce cas c’est bien dommage pour vous).
Le truc c’est qu’une fois que vous aurez contemplé tout votre saoul, vous n’aurez finalement exploré qu’une petite partie de la ville. Vous pouvez alors faire ce qu’aucun autre visiteur ne conçoit : aller faire un tour au-delà des remparts. Au centre-ville pour commencer, là où vous trouverez les Estoniens. Pas mon quartier préféré, mais si vous voulez faire du shopping dans de gigantesques malls flambants neufs, et vous faire un torticolis à essayer d’apercevoir le sommet des quelques gratte-ciels design qui traînent, vous êtes au bon endroit. Pour la petite anecdote, juste à la sortie de la vieille ville vous trouverez l’hôtel Viru, le tout premier gratte-ciel de Tallinn. Jusqu’à l’indépendance en 1991, c’était le seul hôtel où les étrangers (qui avaient eu la chance d’avoir un visa) pouvaient loger. Et le KGB y avait ses bureaux au dernier étage, pratique pour garder un œil sur les Occidentaux débauchés.
Un peu plus loin au nord-est, après avoir passé un charmant quartier résidentiel tout en bois, et quelques barres d’immeubles soviet style bien laides, vous arrivez à Kadriorg, où les locaux viennent se mettre au vert : un grand parc arboré, un beau château baroque, et une plage de sable fin. Un coin plutôt sympa. Si vous poussez encore un peu vers l’est, vous tombez sur un deuxième château, et surtout sur un grand mémorial de style brutaliste en l’honneur des troupes soviétiques mortes pendant la Première Guerre Mondiale en affrontant… les Estoniens qui réclamaient leur indépendance. Sachant évidemment que les divers mémoriaux rendant hommage aux soldats estoniens ont été détruits durant l’occupation soviétique. Amusant non ? Étrangement le lieu ne paraît pas très populaire parmi les locaux…
Allez demi-tour, partons maintenant vers l’ouest, et le chouette quartier de Kalamaja. Encore des belles maisons en bois, mais surtout Telliskivi, THE nouveau quartier branché de la capitale, dans des anciens entrepôts reconvertis : street food en tout genre, micro-boutiques pour hipsters en quête de la perle rare, galeries tendances, et de l’excellent street art. À mille années-lumière des petites ruelles mignonnes de la vieille ville.
Et c’est finalement cet ensemble de quartiers très différents qui donne à Tallinn un incomparable cachet, le tout facilement accessible à pied ou en quatre coups de pédale. Une superbe découverte !

