Séoul
Visite aujourd’hui du vaste Mémorial de la Guerre, dédié à tous les conflits qui ont agité la péninsule au cours de sa longue histoire, en insistant évidemment sur le plus terrible et le plus récent : la Guerre de Corée. Puis je suis allé faire un tour dans un musée d’art pour me changer les idées. Même si certains vous diront qu’une belle explosion d’obus éparpillant les membres d’infortunés soldats, c’est pratiquement de l’art.
Rappelez-vous notre leçon d’histoire. En 1945, après la défaite japonaise, la Corée est découpée en deux par les principaux vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale. Si au sud on compte désormais sur la démocratie et la diplomatie pour parvenir à réunifier une fois de plus la péninsule, au nord on affûte les armes en secret. Kim Il-sung, un résistant opportuniste élevé miraculeusement au rang de dictateur (grand-père de l’actuel dirigeant Kim Jong-un), rend visite à ses collègues Staline et Mao, qui lui donnent leur blanc-seing pour envahir le sud. Ce qu’il va faire le 25 juin 1950. Ses forces, nombreuses, bien entraînées et équipées par l’URSS, vont flanquer une véritable dérouillée aux soldats du sud, totalement pris par surprise. Séoul tombe en trois jours, et le Nord continue d’avancer rapidement, jusqu’à occuper presque tout le territoire, à l’exception de quelques îles et d’une petite poche de résistance acharnée autour de Busan. Fin de la première phase.
Entre-temps, le tout jeune Conseil de Sécurité de l’ONU, profitant de l’absence du représentant soviétique, vote le 27 juin une résolution condamnant l’agression nord-coréenne, et propose à toutes les nations motivées d’aller filer un coup de main au Sud. Ce que 17 pays font (dont la France), États-Unis en tête bien sûr, quand il s’agit d’aller buter du coco, ya du monde. Le 15 septembre, un débarquement à Incheon (juste à côté de Séoul) permet de prendre les troupes du Nord à revers, qui doivent se replier en panique sur leur territoire, commettant au passage de nombreuses exactions sur les civils, histoire de se défouler. En position de force, cette fois-ci c’est le Sud qui se dit « Tiens, et si on en profitait pour réunifier, mais sous notre égide ? » Il franchit la ligne de démarcation, s’empare de Pyongyang, et s’approche de la frontière chinoise. La réunification n’a jamais été aussi proche ! Fin de la deuxième phase.
C’est à ce moment-là que Beijing se décide à donner un coup de main à un Kim mal en point. La Chine n’entre pas officiellement en guerre, mais se contente d’envoyer sur place le 31 octobre une « armée de volontaires ». Qui, quoique plutôt mal équipée, est suffisamment conséquente pour inverser la tendance et repousser les forces onusiennes. Ces dernières finissent cependant par se reprendre et à stabiliser le front plus ou moins au niveau de la ligne de démarcation historique. Retour à la case départ. Durant l’hiver 1950-51, on commence de part et d’autre à envisager sérieusement un cessez-le-feu. Fin de la troisième phase.
La quatrième et dernière phase fait office de bonus, puisque tandis que les autorités du Nord et du Sud s’échinent à trouver un compromis acceptable qui permettrait de présenter le cessez-le-feu comme une victoire, les massacres entre les deux armées continuent pour des gains négligeables, une colline par-ci, une vallée par-là… Enfin, le 27 juillet 1953, après plus de trois années d’une guerre absurde, toutes les parties signent, les fusils se taisent, et chacun rentre chez soi.
Le bilan est bien sûr considérable : un million de morts côté soldats, entre deux et trois millions côté civils. Une péninsule ravagée, une fois de plus. Particulièrement le Nord d’ailleurs, la plupart des villes ayant été rasées par les bombardements américains (oui c’est leur truc, bombarder). Des familles déchirées. Des ressentiments bien ancrés. Et absolument rien de réglé. D’ailleurs, il ne s’agit que d’un cessez-le-feu : la guerre entre la République de Corée et la République Populaire Démocratique de Corée est toujours en cours, depuis 76 ans. Une fin heureuse est-elle encore envisageable ?


















Oui, la guerre c’est vraiment mal !