Seogwipo
Des champs de mandariniers et des sombres paysages volcaniques, on en trouve un peu partout dans le monde. Les deux ensemble ? Sans doute moins fréquent. Mais Jeju peut aussi s’enorgueillir de deux sympathiques particularités qui ont fait une partie de sa réputation.
Le Dol hareubang (ou simplement Harubang), littéralement le « grand-père de pierre », est une massive statue de pierre volcanique que l’on retrouve un peu partout sur l’île, représentant un personnage masculin souvent souriant mystérieusement, les mains sur le torse (mais il y a des variantes), et systématiquement coiffé d’un chapeau rond. Chapeau qui, vous vous en doutez, confère un caractère phallique à la statue, celle-ci devenant ainsi un symbole de fertilité. Petit truc d’ailleurs pour les femmes qui galèrent à avoir des enfants : il suffit de récupérer un petit morceau du nez d’un harubang, de le réduire en poudre, de consommer celle-ci, et hop, problème réglé. Mais là n’est pas la fonctionnalité première du harubang : c’est avant tout le gardien du domicile (souvent placé au niveau du portail), charge à lui d’en éloigner les mauvais esprits. Et d’accueillir les bons. Il est difficile de dater précisément l’apparition des premières statues, mais celles-ci n’ont pas plus de 500 ans. Il n’y a d’ailleurs que 48 sculptures « historiques », la plupart de celles que l’on croise aujourd’hui sont récentes. La vibe autour du harubang remonte aux années 60, et depuis, les grands-pères de pierre sont devenus un symbole de l’île et ont envahi toutes les boutiques de souvenir.
L’haenyeo est la seconde figure mythique de l’île, celle-ci exclusivement féminine. D’ailleurs haenyeo signifie simplement « femme de la mer ». Jusqu’au XIXème siècle à Jeju, la plongée était une affaire d’hommes, bien évidemment. Mais à cause d’une très lourde imposition, ce difficile métier ne devint bientôt plus rentable. Ce sont donc les femmes qui s’en chargèrent, puisqu’elles échappaient aux taxes (dans le très patriarcal confucianisme coréen, on ne s’embêtait pas à imaginer des impôts pour les femmes, des êtres inférieurs par nature et confinés au foyer). Ce sont donc elles qui devinrent la principale source de revenu des familles. Et les hommes se mirent à s’occuper des enfants. Une haenyeo expérimentée peut retenir son souffle pendant deux minutes, descendre à vingt mètres dans une eau au mieux tiède (et le plus souvent très fraîche), et remonter ormeaux et conques par kilos. D’ailleurs au fil des générations, leur génome a considérablement muté pour les rendre plus adaptées à leur métier ! Dans les années 70, la forte demande japonaise en produits de la mer rendit les femmes de Jeju plus riches que jamais. Elles purent ainsi envoyer leurs filles à l’école. Et ces dernières se détournèrent alors du métier maternel pour se lancer dans le tourisme en plein boom ou partir travailler dans les grandes métropoles de la péninsule. Classique. En 1950, il y avait plus de 30 000 haenyeo sur l’île. Elles sont aujourd’hui moins de 2 500, la plupart âgées d’au moins 70 ans. La fin d’un monde. Et la société coréenne demeure, dans son ensemble, éminemment patriarcale.



















