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L’évènement du 3-4

Jeju-si → Seogwipo – 1 h 15 de bus

Difficile de se promener sur Jeju (et a fortiori dans Seogwipo) sans croiser divers mémoriaux du sobrement nommé « évènement du 3 avril ». Et quand on lit les panneaux explicatifs qui les accompagnent, c’est plutôt flippant… Quoi donc est-ce que cet évènement ? Eh bien plus ou moins une répétition générale de la Guerre de Corée.

En 1948, la péninsule coréenne, après avoir été colonisée par les Japonais pendant 35 ans, est depuis la fin de la guerre toujours occupée, mais cette fois-ci par les vainqueurs, qui à l’image de l’Allemagne, se sont gentiment répartis le pays (qui n’avait rien demandé) : l’URSS au nord, les USA au sud. Quand la jeune ONU déclare qu’il est désormais temps d’unifier à nouveau le pays et d’organiser des élections démocratiques, l’Union Soviétique répond « Niet ! » La division de la péninsule devient alors un peu plus concrète.

À Jeju, le parti communiste est relativement bien implanté, et la population locale ne porte globalement pas en odeur de sainteté le gouvernement provincial, accusé d’avoir été beaucoup trop complaisant envers les Japonais, et désormais envers les Américains. Alors quand le 3 avril 1948 la police tire à balles réelles sur des manifestants commémorant la lutte contre l’occupant japonais, la situation dégénère légèrement, et la population excédée se rebelle, avec comme conséquences immédiates une centaine de morts entre les deux camps, et de nombreuses destructions matérielles.

Le gouvernement central, dans toute sa subtilité, décide d’envoyer plusieurs milliers de gendarmes régler rapidement le problème de ces rebelles. Mais des centaines de ces soldats font rapidement sécession et rejoignent à leur tour la rébellion, apportant avec eux de précieuses armes. Booon, c’est que ça commence à devenir sérieux ces c***eries.

En août 48, le premier président de la Corée du Sud est élu, et les Ricains se retirent du game. À Jeju, les exactions vont bon train, et l’armée organise des rafles dans les villages, avec arrestations arbitraires, interrogatoires musclés, et exécutions sommaires. Les rebelles, environ 4 000 combattants désormais, se sont réfugiés dans les hauteurs de l’île, et mènent des actions de guérilla, régulièrement couronnées de succès.

Mais l’aventure prend fin au printemps 49, quand après plusieurs négociations avortées Séoul se décide à envoyer sur l’île quatre nouveaux bataillons de l’armée. Le ménage est rapidement fait, et la République de Corée retrouve (très provisoirement) la paix. Au total, sur les 300 000 habitants de Jeju à l’époque, on estime que « l’évènement » a fait au moins 30 000 morts (possiblement jusqu’à 60 000), a poussé à l’émigration 40 000 personnes, et a détruit 70 % des villages. Une broutille de l’histoire. Toujours aussi amusant ce XXème siècle. D’ailleurs l’ampleur des massacres a longtemps été cachée, ce n’est qu’au début des années 2000 que le dossier a été rouvert, et que le gouvernement a finalement présenté ses excuses. D’où les mémoriaux.

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