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Les horreurs de l’Histoire

Côn Dào

Avant de devenir un petit paradis balnéaire, l’archipel de Côn Dào, et plus particulièrement l’île principale de Côn Son sur laquelle je me trouve, avait pour surnom « l’enfer sur terre ». Étrange paradoxe ? Eh bien pas tant que cela, quand on sait que l’île a accueilli pendant plus de 100 ans, sous l’occupation française puis américaine, l’une des pires prisons du monde.

Tout commence en novembre 1861, quelques mois seulement après le début de la colonisation française du Viêt Nam. Les habitants historiques de l’archipel sont évacués, et les premiers bâtiments pénitentiaires sont construits. Rapidement, ce sont 500, puis 1000 prisonniers (principalement des opposants politiques) qui y sont hébergés, dans des conditions déplorables. Au programme : chaleur étouffante, humiliations permanentes, tortures débilitantes, alimentation insuffisante et travaux forcés. Bien souvent, la durée de vie d’un prisonnier ne dépassait pas un an…

Au XXème siècle, les idéaux révolutionnaires commencent à gagner le peuple vietnamien, qui revendique son indépendance. La répression policière se fait donc plus féroce, et les conditions de détentions sur l’île deviennent encore plus atroces. En 1940, les autorités font construire dans le plus grand secret les « cages à tigres », de minuscules cellules dans lesquelles les prisonniers sont entassés, contraints à une position accroupie la plupart du temps. Les plafonds sont munis de barreaux, par lesquels les geôliers peuvent surveiller et torturer à leur guise avec de longues piques. D’autres cellules sont complètement dépourvues de toits : dans celles-ci, c’est le puissant soleil qui se charge de la torture quotidienne… On estime que durant cette période, près de 20 prisonniers décèdent chaque jour. Quant à ceux qui s’en sortent, ils porteront des stigmates psychologiques et physiques toute leur vie.

L’île fonctionne à plein régime pendant la guerre d’Indochine. Puis quand les Français s’enfuient, les Étatsuniens, pragmatiques, investissent les lieux, et construisent diverses extensions, permettant d’accueillir jusqu’à 10 000 prisonniers dans les années 60. Et puis enfin, en 1975, défaite étatsunienne, tout s’arrête. Au total, on estime qu’entre 20 000 et 200 000 Vietnamiens ont été emprisonnés à Côn Dào. Impossible de savoir combien y sont morts.

Aujourd’hui, si l’archipel tropical attire quelques visiteurs étrangers, ce sont surtout des locaux qui viennent en vacances ici, pour se baigner dans une eau superbement translucide, mais aussi pour se recueillir dans ces sinistres lieux de mémoire, superbes témoins des bienfaits de la colonisation et de l’impérialisme.

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