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Convaincu

Guanajuato

J’ai aimé prendre le temps d’arpenter Guanajuato. Monter. Descendre. Monter encore. Descendre à nouveau. Et même arrivé au fond de la vallée, il est possible de descendre encore plus, pour arpenter le vaste réseau de tunnels souterrains. Si la grande majorité des villes du continent sont bâties selon un quadrillage strict, certes pratique mais plutôt rasoir pour l’Européen que je suis, habitué aux circonvolutions, il n’en est rien pour Guanajuato, qui nous dévoile ses plus belles courbes à mesure que l’on s’y enfonce. La ville fut édifiée en 1558 le long d’une étroite ravine, lorsqu’on y découvrit un vaste gisement d’argent, encore exploité de nos jours. Qui dit mine dit bien sûr superbes bâtiments coloniaux. Mais ça ne fait pas tout, cf. San Miguel de Allende. Car il règne ici une ambiance toute particulière.

Ville culturelle. Siège d’une importante université, de nombreux étudiants locaux, armés d’instruments et vêtus de beaux habits traditionnels, entraînent chaque soir le quidam dans une sarabande musicale. C’est aussi ici que naît Diego Rivera en 1886, le plus important peintre mexicain du XXème siècle, qui ne restera dans le coin que jusqu’à ses 6 ans (il n’était alors pas encore très connu). Par ailleurs tous les ans se tient à Guanajuato le réputé Festival Internacional Cervantino, le pendant local d’Avignon (les deux villes sont d’ailleurs jumelées), où historiquement des pièces de Cervantès étaient jouées dans les rues : on retrouve désormais des Don Quichotte en mascotte un peu partout, surprenant.

Ville d’histoire. C’est d’ici que parti en 1810 le mouvement d’insurrection mené par Miguel Hidalgo, et qui aboutit à l’indépendance officielle du Mexique 10 ans plus tard. Sur les hauteurs de la ville, on trouve la statue géante d’El Pípila, un mineur local qui s’est illustré lors de la première grande bataille opposant Espagnols et insurgés : les premiers, retranchés dans l’Alhóndiga, un énorme grenier fortifié de Guanajuato, semblaient intouchables. Jusqu’à ce qu’El Pípila, muni d’une torche de mineur, et le dos recouvert d’une énorme pierre faisant office de bouclier, aille brûler les portes principales sous une pluie de balles. Il est aujourd’hui écrit sous sa statue : « Il y a toujours d’autres Alhóndigas à brûler ». Ça c’est du héros !

Ville d’amour. Parmi la multitude de ruelles photogéniques que compte Guanajuato, une retient l’attention : elle est tellement étroite que deux balcons en viennent presque à se toucher. La légende veut que la fille de la riche famille possédant l’un de ceux-ci soit tombée amoureuse d’un simple mineur, quelle idée saugrenue. Puisque bien sûr elle avait interdiction de le voir, le malin jeune homme loua la chambre avec le balcon juste de l’autre côté du sien, et ils purent ainsi s’échanger quelques besos en toute discrétion. Vous vous en doutez, ils furent bien vite découverts, et l’histoire se termina mal. Comme quoi, il n’y a pas qu’à Vérone que l’on joue des tragédies… À noter qu’évidemment de nos jours les deux balcons sont à louer, avec photographe officiel pour immortaliser le beso.

Et avec tout ça, Guanajuato est une ville fort plaisante qui me laisse, hmmm, particulièrement convaincu.

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