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Trouée continentale

Old Bank

Temps excessivement moisi aujourd’hui, ça faisait longtemps. Plutôt inhabituel pour l’endroit. Et toujours frustrant, à plus forte raison lorsque l’on se trouve sur une petite île paradisiaque. Certes on ne peut pas dire que la pluie soit froide, mais bon… L’occasion de me pencher depuis mon hamac (abrité) sur cette merveille d’ingénierie qu’est le Canal de Panamá.

Un petit cocorico d’abord : n’oublions pas que le premier à s’être lancé dans sa construction en 1882, c’est ce bon vieux Ferdinand de Lesseps, qui s’était occupé avec succès du Canal de Suez quelques années plus tôt. Un projet franco-colombien donc, qui rencontre une franche opposition des États-Unis, en plein dans leur période suprémaciste « America First ». Oui ok, ils n’en sont jamais vraiment sortis en l’occurrence… Aussi pour entraver le chantier, la CIA déclenche un important tremblement de terre, lance une épidémie de fièvre jaune, et provoque plusieurs crues dévastatrices du rio Chagres. Comment ça tous ces phénomènes sont naturels ? Toujours est-il qu’en 1889, la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panamá fait faillite, ruinant au passage des centaines de milliers de petits épargnants, qui avaient naïvement confié leurs économies au bon Ferdinand (grâce à un lobbying acharné entaché de corruption). En 1894, l’ingénieur en chef du chantier abandonné monte une nouvelle compagnie, et tente de motiver à nouveau les investisseurs. En vain. Alors finalement en 1901 l’état français se décide à vendre le bouzin aux Américains, fin de l’aventure tricolore.

La Colombie n’est en revanche pas vraiment chaude pour céder une tranche de son territoire ainsi que la souveraineté sur le futur canal. Elle reçoit alors une gentille missive de l’ambassadeur américain à Bogotá, précisant que si le traité n’est pas ratifié, « les relations amicales entre les deux pays s’en verraient si gravement compromises que le Congrès des États-Unis pourrait prendre des mesures que regretterait tout ami de la Colombie ». Comme quoi, l’histoire ne fait guère que balbutier… Dans la foulée, quelques séparatistes panaméens déclarent l’indépendance du pays, avec l’appui des troupes américaines. La Colombie, sortant juste d’une éprouvante guerre civile, ne peut pas y faire grand-chose. Le Panamá devient un protectorat, et les Ricains ont désormais le champ libre pour s’attaquer à leur canal.

Ce ne sera toujours pas vraiment une partie de plaisir, puisque entre la période française et la période américaine, les travaux prendront la vie d’environ 22 000 travailleurs locaux. Un détail. Mais avec des fonds nettement plus conséquents, le gigantesque ouvrage d’ingénierie est finalement achevé et inauguré le 15 août 1914. Dès les années 1950, il rapporte environ 50 millions de dollars par an aux États-Unis. Ils en reversent deux au Panamá, histoire de dire… En 1999, le Canal est rétrocédé, suite aux accords de 1977. Pour faire face à l’accroissement considérable de la taille des navires, de nouveaux travaux titanesques sont entrepris et terminés en 2016. Beaucoup moins de morts cette fois-ci ! Enfin en 2025, un certain Donald T. aimerait que le Canal redevienne américain. Affaire à suivre…

Fait « amusant » : l’Amérique du Nord et du Sud sont désormais physiquement et biologiquement isolées. Seuls les oiseaux et quelques insectes migrateurs peuvent encore traverser. Une sacré fragmentation écologique…

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