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Combo histoire-géo numéro 102

Quito

Puisque me voici réinstallé sur le continent, il est l’heure de s’intéresser d’un peu plus près à l’Équateur.

Petit pays (moitié de la France), relativement peu peuplé (18 millions d’habitants), l’Équateur porte bien son nom, puisqu’il se trouve à cheval sur la célèbre ligne imaginaire (mais tout de même majoritairement au sud de celle-ci). Il est composé de trois régions naturelles bien distinctes, qui scindent le pays en trois bandes. À l’ouest, la Costa, une plaine qui longe le Pacifique, au climat tropical humide. Au centre, la Sierra, deux chaînes parallèles de très hauts volcans (6263 m pour le Chimborazo) séparées par une dépression, dont l’altitude est tout de même d’environ 2500 m, ce qui permet un agréable climat tempéré. C’est dans ce long couloir que l’on trouve l’Équateur « historique », et notamment la capitale Quito. Enfin à l’ouest, l’Oriente, région faisant partie de la vaste forêt amazonienne. C’est là que se cache le pétrole, et donc les problèmes. La multinationale américaine Chevron a admis avoir déversé 70 millions de litres d’eau toxique dans les rivières du coin. Mais bon, ça va hein, on ne va pas pleurer pour trois indiens malades…

Diverses civilisations précolombiennes se succèdent durant plusieurs millénaires sur le territoire équatorien, avant d’être unifiées sous l’égide des Incas, entre 1430 et 1530 (mais les ruines de cette époque ne sont pas aussi incroyables que celles du voisin péruvien). Puis arrivent les conquistadores, massacres, maladies, esclavage, le truc habituel. La région est alors placée alternativement sous la juridiction de la vice-royauté du Pérou (actuels Pérou-Bolivie) et celle de Nouvelle-Grenade (actuels Colombie-Venezuela), l’inconvénient d’être au milieu. Quito vit une époque prospère, du moins pour l’élite sociale d’origine espagnole.

Puis au XIXème siècle, plusieurs révoltes indiennes conduiront à l’indépendance, après moult batailles sanglantes. D’abord de l’Espagne en 1822, puis de la Grande Colombie en 1830. La République de l’Équateur est née ! Les Galápagos sont annexées dans la foulée par le nouvel état, en 1832. Le reste du XIXème verra se succéder divers présidents-dictateurs, somme toute guère différents des Espagnols. Il faudra attendre 1895 pour qu’arrive Eloy Alfaro et une véritable révolution libérale : fin de la théocratie, liberté de presse et d’opinion, suffrage universel direct, école pour tous, suppression des impôts pour les plus pauvres (à savoir les indigènes évidemment)… Bon évidemment ça ne va pas plaire à tout le monde, Alfaro finit donc renversé puis exécuté.

Le XXème siècle ne sera guère mieux en terme de stabilité politique, avec de nombreuses dictatures militaires (un classique continental). La subtilité ici, c’est que depuis la constitution d’Alfaro, le président, militaire ou non, n’est élu que pour un maximum de 4 ans (ce qui ne sera que rarement le cas), et ne peut pas se représenter dans la foulée. Or personne n’a osé outrepasser cette règle ! Par exemple José María Velasco Ibarra sera à la tête de l’Équateur de 1934 à 1935, de 1944 à 1947, de 1952 à 1956, de 1960 à 1961, et enfin de 1968 à 1972. Un acharné. Ça va aussi se bagarrer pas mal avec le Pérou au cours de ce siècle, pour des histoires de frontières en Amazonie. Et les importantes ressources en pétrole (2ème exportateur du continent derrière le Venezuela) vont permettre à une minorité de s’enrichir, tandis qu’à la fin des années 90, 60% de la population vit dans l’extrême pauvreté.

Le XXIème siècle s’ouvre sur une nouvelle crise politique majeure, lorsque le président de l’époque décide d’abandonner la monnaie nationale pour se mettre au dollar. Il devra fuir le pays en urgence… Les dirigeants continuent de s’enchaîner à un bon rythme, mais petit à petit la situation s’améliore tout de même pour la population, notamment durant les 10 années de règne de Rafael Correa, un économiste de gauche (qui a modifié la constitution pour pouvoir se représenter plusieurs fois de suite, le petit malin). Bon sauf que depuis quelques années ça repart un peu en vrille à cause de la mainmise progressive des narcotrafiquants sur l’Équateur (sachant que le pays n’est même pas producteur, simplement un carrefour commercial entre Pérou et Colombie), qui arrosent politiques, policiers et juges à coup de millions de dollars d’argent sale. Le répit pour la population n’aura été que de courte durée. Nouvelles élections à suivre dans quelques jours !

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