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Missions

Puerto Iguazu → San Ignacio – 4 h 30 de bus

Depuis fort longtemps, les Guaranis vivaient tranquillou dans l’immense forêt amazonienne. Mais un jour, leurs dieux décrétèrent qu’il était temps de se mettre en quête de leur terre promise (un running gag divin). A priori ils la trouvèrent dans la belle plaine alluviale du Paraná, recouverte d’une dense forêt giboyeuse, à cheval sur les actuels Brésil, Paraguay et Argentine. Ils y vécurent plutôt pas mal, jusqu’au jour où d’étranges hommes blancs barbus, odorants, caparaçonnés de métal et maniant la foudre débarquèrent dans la région. Ils apportaient avec eux la maladie, la destruction et l’esclavagisme. Un véritable tsunami.

Voyant la population guarani diminuer drastiquement, plusieurs caciques se résolurent à agir. Ils avaient bien compris que ces blancs, non contents de massacrer de l’indigène, semblaient aussi se massacrer entre eux. Alors au début du XVIIème siècle, ils décidèrent de se placer sous la protection du roi d’Espagne, espérant ainsi échapper notamment aux monstrueux bandeirantes, des colons armés portugais qui opéraient de terribles raids esclavagistes dans la région. En échange, ils devaient simplement prêter allégeance et adopter un nouveau dieu, rien de bien difficile lorsqu’on en a déjà plein. C’est ainsi que les Jésuites arrivèrent.

Eh bien aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est sans doute la seule fois dans l’histoire de l’humanité où l’évangélisation / colonisation va être profitable aux trois parties prenantes : consolidation du territoire pour la couronne d’Espagne ; augmentation substantielle du troupeau d’âmes pour Rome ; protection et savoir pour les indigènes, tout en conservant leur liberté. Et là vous allez me dire : « Oui c’est bien joli, mais les Guaranis n’auraient pas eu besoin de protection si les Européens n’étaient pas arrivés ! Quant au savoir, il me semble qu’ils ne se débrouillaient pas si mal avec le leur depuis 10 000 ans. » Vous ne sauriez avoir plus raison. Sauf que les Européens sont bel et bien arrivés, difficile de refaire l’histoire (ou alors on entre dans l’uchronie).

Pendant plus de 150 ans, 30 missions interconnectées vont ainsi prospérer, abritant environ 140 000 personnes, sur un territoire pratiquement de la taille de la France. Mais vers la fin du XVIIIème siècle, inquiets et jaloux de cet État dans l’État, les autorités portugaises puis espagnoles vont finir par chasser les Jésuites d’Amérique, propageant de fausses rumeurs pour les discréditer aux yeux de la population européenne (eh oui, les fake news ne datent pas d’hier…). Le pape Clément XIV donnera le coup de grâce en ordonnant la dissolution de l’ordre quelques années plus tard en 1773.

Ainsi les Guaranis retrouvèrent peu à peu leur statut de main d’œuvre gratuite (même s’ils se défendirent vaillamment, arcs et flèches n’ont jamais fait le poids contre la poudre noire), les prospères missions furent pillées et détruites, et tout rentra enfin dans l’ordre. Des indigènes civilisés, et puis quoi encore ?

Note : on verra dans un prochain article comment ces missions fonctionnaient concrètement.

Note 2 : les photos de la veille sont publiées !

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