Varna → Obzor – 65 km
C’est aussi ça la magie du voyage : découvrir de nouveaux mots. Quelques noms communs bien sûr. En Europe, sauf rares exceptions, un pays = une nouvelle langue. Alors il faut réapprendre quelques toutes petites bases à chaque frontière. S’émerveiller des similitudes (qui facilitent la vie). Et des différences (qui embellissent la vie). Ici, « merci » c’est blagodarya. Enfin plutôt благодаря. C’est joli blagodarya, chantant. Un peu long quand même. Rien à voir avec le roumain en tout cas, mulţumesc (moule – tsou – mesque). Mais on dit da (oui) dans les deux pays !
Et puis il y a les noms propres. Les lieux surtout. Aujourd’hui j’ai savouré Obzor, ma destination. Mystérieux Obzor, qui m’évoque un pays lointain, peut-être une oasis au milieu du désert, ou les ruines d’une cité disparue. Bon c’est juste une petite station balnéaire sans prétention sur les côtes de la mer Noire. Mais tout de même. Obzor… J’en ai traversé des bleds aux consonances magiques. À chaque nouvelle session vélo, durant les passages inintéressants (oooh ne vous inquiétez pas, il y en a toujours) où je passe en mode pédalage automatique, je récite ma petite litanie : les étapes de mon périple, plus les éventuels transferts en train ou en bateau. Une liste qui comporte aujourd’hui 146 noms. Et certains ô combien délicieux. Matalascañas. Baden Baden. Honningsvåg. À la suite Vecumnieki et Vabalninkas. Spišské Podhradie. Alba Iulia. Et Obzor.
Ces mots finiront peut-être (sans doute) par sortir de ma mémoire. Et seuls les plus « prestigieux » demeureront : j’aurai plus de mal à oublier Madrid, Stockholm ou Varsovie (même si j’ai sans doute de plus incroyables souvenirs à Honningsvåg qu’à Madrid). Mais après tout qu’importe : j’aurai associé à Obzor des images, des sons, des odeurs. Je l’aurai situé sur une carte. Je l’aurai fait rouler sous la langue. Et si un jour, par un incroyable concours de circonstances, le mot parvient à nouveau à mes oreilles, je serai aussitôt plongé dans un maelström de souvenirs.



Tu l’auras vu ton ours.
J’ai même pas eu peur !