Menu Fermer

Au pays des Saxons

Sighișoara → Rupea – 60 km

C’est frustrant. J’aime beaucoup la Roumanie. Les habitants sont extrêmement sympathiques. Les villes sont particulièrement charmantes et remplies d’histoire. Les paysages sont superbes. Mais… (oui vous vous doutiez qu’il y avait un mais) pour ce qui est d’y faire du vélo, c’est nettement moins la fête. Il n’existe que très peu de routes secondaires. Il y a certes quelques chemins de traverse. J’ai essayé : près de 40 minutes infernales pour parcourir 4 kilomètres. J’ai renoncé. Reste donc les routes principales. Et celles-ci sont denses. Très denses. Il faut donc se préparer psychologiquement, et ne surtout, surtout pas dévier de l’étroite bande d’asphalte (quand elle existe) à droite de la voie. Avec un peu de bol, vous devriez pouvoir survivre aux camions qui vous frôlent à quelques centimètres, ou encore aux abrutis d’en face qui se disent que le meilleur moment pour doubler est pile quand ils vous aperçoivent. Alors quand vous avez la chance de tomber sur une route un peu plus calme, quitte à vous prendre quelques kilomètres en bonus, vous en pleurez presque de joie.

Demain, direction Brașov, pour un dernière étape en terre saxonne. Attends, attends, je suis pas expert en géographie, mais la Saxe c’est pas une région d’Allemagne ? Bien vu jeune Padawan. Sauf que bien avant la colonisation de l’ouest américain, il y a eu la colonisation de l’est européen. Bon sans les Indiens, mais avec des ours. Et donc entre le XIIème et le XIIIème siècle, le royaume de Hongrie, qui possédait alors la Transylvanie, proposa à des colons allemands d’aller s’installer dans ces terres lointaines afin de développer la région, et surtout de protéger la frontière sud-est du royaume contre les incursions des Tatars (puis plus tard des Turcs, comme nous l’avons vu hier), en échange de terres et de quelques avantages. Eh bien croyez-le ou non, les Hongrois devaient avoir un bon conseiller com’, parce que ça a marché du tonnerre, et les colons affluèrent par millier.

Ils fondirent les villes de Sibiu (Hermannstadt), Mediaș (Mediasch), Sighișoara (Schässburg), et bien sûr Brașov (Kronstadt). Marrant d’ailleurs de voir sur les panneaux à l’entrée des villes et villages les noms roumains et allemands (tout à l’heure je suis passé dans le superbe minuscule village de Viscri, alias Deutschweißkirch, « l’église blanche allemande »). Et les Saxons se mirent diligemment à fortifier à tout va, non sans raison puisque les tentatives d’invasions s’enchaînèrent pendant des siècles. L’Unesco a d’ailleurs sanctuarisé de nos jours nombre de ces incroyables églises-forteresses.

Si la communauté a longtemps été prospère, faisant de nombreux jaloux, le XXème a mis globalement fin à cet état de fait : enrôlés par la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis déportés et ostracisés pendant l’ère communiste, les Saxons ont fini par fuir massivement le pays pour retourner sur les terres de leurs lointains ancêtres. D’ailleurs ce petit malin de Ceaușescu a eu la bonne idée de faire payer à l’Allemagne (de l’Ouest) la valeur des études que ces émigrants avaient faites en Roumanie (argent qu’il a investi en retour dans le développement des universités. Nan je déconne…). Aujourd’hui les Saxons de Transylvanie ne représentent plus que 0,2% de la population roumaine, mais ils auront définitivement marqué de leur empreinte une importante zone en plein cœur du pays. Pour le plus grand plaisir des touristes.

2 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *