Słopnice → Stára Ľubovňa – 75 km
Tout comme il y a quatre ans, aucun panneau pour me signaler mon entrée sur le territoire slovaque, pas une borne, rien. Ils semblent assez sereins sur leurs frontières… Peut-être pas la même côté ukrainien.
Généralement j’aime bien pédaler le week-end, il y a moins de camions sur la route. Sauf que je ne savais pas qu’en septembre, quand le soleil est de la partie, l’intégralité de la Pologne semble se donner rendez-vous dans les Carpates. Aujourd’hui les petites routes de montagne ressemblaient au périph’ parisien à l’heure de pointe. J’ai été coincé dans des bouchons !
Et puis pour m’éviter un col, j’avais repéré ce qui semblait être un petit sentier serpentant au fond d’une gorge ; en prime ça ne devait pas être vilain. Effectivement, c’était même très beau ! Sauf que je n’étais pas seul, loin de là. Vous voyez l’Ardèche au mois d’août ? Pire… La Dunajec, qui a creusé la gorge, était littéralement couverte d’embarcations diverses, du kayak au grand radeau de bois traditionnel avec 15 personnes dessus. Et sur le sentier qui longeait la rivière, une file ininterrompue (vraiment !) de randonneurs et de vélos, sur 10 kilomètres. Vélos qui avancent bien sûr au rythme du cycliste le moins rapide de chaque groupe, à savoir un bambin sur un tricycle. Inutile de vous dire que je me suis maudit de ne pas être venu dans le coin un lundi…
L’occasion peut-être de vous décrire les nombreux vélos que je croise sur ma route depuis bientôt six mois. Les cyclotouristes, de loin les moins nombreux ; sacoches en pagaille, allure négligée, sourire aux lèvres ; salutations joyeuses de connivence, grands signes de la main. Un peu plus nombreux, les cyclistes ; cuissard flashy, tête dans le guidon, regard concentré ; discret signe de la main, éventuellement un rapide bonjour. Et enfin, le gros du peloton, les « gens sur un vélo » : départ au travail, courses rapides, dépôt du petit dernier à la crèche, balade du dimanche ; allure variable ; presque tous ignorent superbement mes saluts ou mes sourires, à part quelques petits vieux. Il va sans dire que je préfère croiser des collègues cyclotouristes…
Bon et la Pologne au final ? Eh bien un peu la même sensation qu’il y a 15 ans : on s’attend (allez savoir pourquoi) à parcourir un pays gris, triste, morne, écrasé sous le poids de l’histoire. Et au final on découvre un pays coloré, joyeux, terriblement vivant, qui a su dépasser les monstrueuses tragédies de son histoire. En plus on y mange bien. Je quitte le coin à regret !


Et puis les dernières photos de Cracovie, en intérieur cette fois :

