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La reine des serpents

Anykščiai → Molėtai – 55 km

Sur ma route ce matin, un énooorme rocher. Il aurait été amené là par le diable en personne, qui comptait s’en servir pour détruire la belle église d’Anykščiai. Malheureusement pour lui (et heureusement pour l’église), un coq passait dans le coin, et comme tout bon coq qui se respecte, il se mit à chanter. Le diable, surpris, retourna fissa dans les limbes, et laissa le rocher sur place. Une autre possibilité étant que le rocher ait dérivé avec des glaciers scandinaves au cours du Pléistocène. Mais c’est nettement moins probable.

Et puisqu’on parle de légendes lituaniennes, laissez-moi vous conter celle d’Eglė, la reine des serpents.

Dans les temps anciens, vivaient un vieux, une vieille, leurs douze fils et leurs trois filles. Un soir d’été, après une délicieuse baignade dans la mer, Eglė, la plus jeune des filles, trouve un serpent lové dans sa chemise. Celui-ci lui déclare qu’il ne quittera son vêtement que si elle promet de l’épouser. Ben voyons… Mais bizarrement elle accepte, pensant sans doute que le serpent bluffe. Sauf que trois jours plus tard, des milliers de reptiles débarquent à la ferme familiale pour qu’Eglė honore sa promesse. Les parents tentent divers stratagèmes, mais au final les serpents repartent bel et bien avec la jeune femme. Et l’amènent devant leur roi, un beau jeune homme qui visiblement peut changer de forme quand il le souhaite, pratique (oui c’est le serpent amateur de vêtements de l’autre jour). Eglė retrouve un peu le sourire. Tout ce petit monde descend alors dans un palais sous la Baltique, où tout n’est que luxe, calme et volupté.

Les années passent, la surface n’est plus qu’un lointain souvenir. Eglė donne naissance à trois garçons et une fille, la petite dernière. Un jour ceux-ci s’interrogent sur leurs grands-parents. Tiens, et si on allait leur faire un petit coucou ? Bon le roi-serpent n’est pas super emballé par l’idée, alors il soumet Eglė à trois épreuves : filer une quenouille de soie infinie ; user des chaussures de fer ; et fabriquer un pain sans ustensiles. La tâche paraît ardue, mais une sorcière du voisinage (c’est bien connu, il y a toujours une sorcière qui traîne quand on en a besoin) lui donne les astuces nécessaires. Et le roi-serpent se résout donc à laisser Eglė partir. Il l’accompagne jusqu’au rivage, et lui indique que pour rentrer, elle n’aura qu’à chanter la ritournelle suivante : « Žilvinas, cher Žilvinas, si tu es vivant écume de lait, si tu es mort écume de sang. » (Traduction approximative)

Évidemment c’est la teuf à la surface. Sauf que la famille n’est pas vraiment chaude pour laisser Eglė repartir. Alors ils vont mettre la pression aux quatre gamins pour qu’ils lâchent la formule magique (sans qu’Eglė n’en sache rien bien sûr). Les trois plus grands ne craquent pas. Mais la benjamine, effrayée, déballe tout. Alors les douze frères d’Eglė s’en vont sur le rivage, chantonnent en cœur, et quand le roi-serpent apparaît, ils le zigouillent à coup de faux.

Quand finalement Eglė veut repartir et qu’elle chante à son tour, la mer se couvre d’une écume rouge, et la voix de son époux se fait entendre, annonçant que les beaux-frères l’ont mis en pièces, et que sa fille a été faible. Folle de chagrin, Eglė transforma ses enfants en arbres : un chêne, un frêne et un bouleau pour ses trois fils robustes, un tremble pour sa fille apeurée. Tandis qu’elle-même devint un magnifique sapin. Ou un épicéa. Bref, un résineux. Je n’avais jamais dit que ça se terminait bien…

Conte traditionnel publié pour la première fois en 1837.

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