Tongyeong → Gyeongju – 1 h 15 puis 1 h de bus
Le Devin. C’est l’histoire de deux camarades d’enfance, Toutebi, le crapaud, et Tori, la pierre, ainsi qu’on les surnommait. Toutebi venait d’une famille riche, et son esprit était vif. Tori venait d’une famille pauvre, et il était plutôt lent. Il y en a qui cumulent… Devenu adulte, Toutebi, qui aimait Tori comme un frère, voulut l’aider à faire son chemin. Un jour que son père était parti, il cacha son sabre préféré. Lorsque le paternel revint et constata la disparition, il se mit à battre son entourage de colère, mais Toutebi le calma en lui disant qu’il avait un bon ami doué d’incroyables facultés de divination. Il partit ensuite chercher Tori, lui raconta toute l’histoire et lui indiqua évidemment la cachette. Ainsi en présence de Toutebi père, le pauvre Tori put retrouver le sabre, et ainsi gagner une belle somme d’argent. Mais peu de temps après, c’est carrément le sceau de l’empereur de Chine qui disparut, et celui-ci écrivit à tout hasard au roi de Corée pour savoir s’il n’avait pas un bon devin sous le coude. Ayant eu vent de l’histoire, le père de Toutebi mentionna à son souverain un certain Tori, qui n’eut d’autre choix que de se présenter devant son roi. Ce dernier décida de le mettre à l’épreuve, et lui désigna un coffret fermé. « Devine ce qu’il y a là-dedans ! » « Oh ! Toutebi ! », geignit Tori en retour. « Tu dis juste ! » Le monarque ouvrit la boîte, et montra aux courtisans rassemblés le crapaud qu’elle contenait. Il envoya alors séance tenante le malheureux Tori retrouver l’empereur de Chine. Le pauvre ère n’en menait pas large, persuadé d’être mis à mort lorsqu’il ferait preuve de son incompétence. Peu avant Beijing, il s’arrêta se reposer sous un arbre, où un bel oiseau chantait à tue-tête « Tchi-tchou ! Tchi-tchou ! » Et le simple Tori de répéter en boucle « Tchi-tchou ! Tchi-tchou ! » Parvenu enfin devant l’empereur, et persuadé de vivre ses derniers instants, lorsqu’on lui demanda où se trouvait le sceau, il ne put rien répondre d’autre que « Tchi-tchou ! Tchi-tchou ! » Aussitôt le courtisan nommé Tchi-tchou se jeta à plat ventre et avoua qu’il avait bel et bien dérobé le précieux objet. L’empereur, impressionné par les pouvoirs de Tori, voulut garder ce dernier à sa cour, mais Tori n’aspirait qu’à rentrer au plus vite chez lui. Il fut alors couvert d’or, puis revint au milieu des siens, où il vécut longtemps, sage, riche et honoré.
Ni-Mouéï (Sans-souci). C’est l’histoire de Ni-Men-San, qui avait douze fils et une fille. Ni-Men vivait un mois chez chacun de ses fils, et quand l’année était bissextile (NDLR : treize mois lunaires), il passait le mois supplémentaire chez sa fille. Il ne faisait strictement rien d’autre, et était envié de tous. Un jour, la rumeur de cet homme étonnant qui n’avait ni soucis ni affaires parvint aux oreilles de l’empereur, qui le convoqua à sa cour. « Pour te récompenser de ton insouciance, je te donne cette perle, dont tu devras prendre le plus grand soin, et être en mesure de me la montrer chaque fois que j’en ferai le souhait, sinon malheur à toi ! » Bien sûr, puisque les empereurs sont fourbes, il ordonna à un de ses gardes de suivre Ni-Men incognito, de lui dérober la perle et de la jeter au loin. Le garde profita de la traversée du fleuve sur un bac pour fouiller les affaires de sa cible, récupérer le précieux présent, et le jeter au fond de l’eau. De l’autre côté du fleuve, Ni-Men avisa une ferme où il décida de passer la nuit. Depuis son entrevue avec l’empereur, il avait un peu perdu sa belle insouciance, et lorsqu’en vérifiant ses affaires il constata que la perle avait disparu, il connut à son tour le chagrin et le souci. Il ne ferma pas l’œil de la nuit ! Pourtant au petit jour, son appétit était bien là, et lorsqu’il entendit les cris d’un pêcheur, il le héla pour lui acheter un poisson. Poisson dans lequel, vous vous en doutez, il retrouva la perle. Sur ces entrefaites, il fut à nouveau convoqué par l’empereur, qui, goguenard, demanda à voir son cadeau empoisonné. Que Ni-Men sortit de son panier. « Je sais de source sûre que tu l’avais perdue hier. Comment as-tu fait pour la retrouver ? » Et Ni-Men raconta toute l’histoire à l’empereur. « Le Ciel et le Roi de la mer sont avec toi ! Tu as officiellement gagné le droit à l’insouciance. Et tu t’appelleras dorénavant Ni-Mouéï, c’est à-dire Celui-qui-ne-se-soucie-de-rien. » On confia par ailleurs à Ni-Mouéï la délicate charge officielle de Bouyou-oni, signifiant Ne-rien-faire. Il garda cette enviable fonction jusqu’à sa mort, et fut enterré avec tous les honneurs.









