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Mai 2024

Nouméa

Comment ne pas parler de ces semaines de quasi guerre civile qui sont encore dans la tête de tous les Calédoniens ?

Le Contexte. Depuis l’Accord de Nouméa de 1998, le corps électoral pour les élections provinciales (et pour les référendums d’autodétermination) est « gelé » : ne peuvent voter que les citoyens résidant depuis 10 ans en Nouvelle-Calédonie en 98, et bien sûr tous leurs descendants. Concrètement, si tu habites ici depuis 89 ou plus, tu ne votes pas. Cette règle est mise en place afin de satisfaire les exigences des indépendantistes, qui craignent (avec raison) que leur vote ne se dissolve avec le temps. Légalement, c’est un peu limite, mais c’est acceptable provisoirement dans un contexte de décolonisation. Sauf que depuis 2021 et le troisième référendum (même si celui-ci n’a pas été reconnu par les indépendantistes), les dispositions de l’Accord de Nouméa ont officiellement pris fin. Et donc le « dégel » du corps électoral revient sur la table, car aujourd’hui ce sont près de 20 % des résidents calédoniens qui sont privés de droit de vote. Majoritairement des blancs. Vous vous en doutez, les indépendantistes les plus extrêmes ne veulent pas entendre parler de ce dégel. Mais en 2024, à l’approche de nouvelles élections provinciales, et suite aux recommandations de diverses instances, le gouvernement français lance tout de même le processus de dégel via un projet de loi.

Le Déroulé. Le 13 mai 2024, la veille du vote à l’Assemblée, une armée de jeunes Kanaks désœuvrés, désargentés (les inégalités sociales sont énormes en N-C) et embrigadés dès leur plus jeune âge par des leaders indépendantistes (qui eux ne vivent pas dans le dénuement…), fondent sur Nouméa, armes au poing. L’objectif (non assumé) de leurs chefs : si on casse tout, l’État français va mettre les voiles. Alors ils se mettent à tout casser. Et à piller tant qu’à faire. Les forces de l’ordre sont complètement dépassées, et se focalisent uniquement sur les points névralgiques (aéroport, dépôt de carburant…). En ville, les locaux s’organisent, dressent des barricades, et défendent leurs quartiers, eux aussi armes au poing (car globalement tout le monde a une arme chez lui ici…). L’état d’urgence est proclamé le 16 mai, et l’armée déployée dans la foulée. Progressivement, la situation s’apaise. Le 23 mai notre cher Prézident « C’est notre projet » se rend sur place, et enfin le 28 mai l’état d’urgence est levé. Ouf.

Le Bilan. Par « miracle », ces émeutes ne font « que » 13 morts directes. Les dégâts en revanche sont énormes, et estimés à plus d’un milliard d’euros. 900 entreprises sont détruites, et 7 000 emplois avec. Un an après, le PIB calédonien a diminué de 15 %, un cinquième des salariés ont perdu leur job, et les classes populaires les plus défavorisées (alias les Kanaks) sont bien sûr les plus touchées, avec des difficultés de logement, d’approvisionnement… Un drame absolu pour un archipel déjà pas en grande forme. Le projet de dégel du corps électoral est abandonné à l’automne 2024. Et les discussions sur l’avenir de la N-C sont au point mort.

Le Bilan moral. Je ne fais pas de politique. Du moins pas trop. Indépendantistes, anti-indépendantistes, les arguments des deux camps se tiennent. Je peux juste évoquer certains faits. L’État français apporte à cet archipel des « bienfaits » qui n’existeraient probablement pas s’il était indépendant : santé, éducation, urbanisme, gestion des déchets… Je le dis pour avoir visité un autre pays du Pacifique, indépendant lui, et qui pourtant ne s’en sort pas si mal par rapport à ses voisins. Par ailleurs, je ne suis pas sûr que l’indépendance réglerait les problèmes d’inégalités sociales. De l’argent passerait d’une main à une autre, c’est sûr ; mais globalement, le peuple n’en verrait pas la couleur, comme d’habitude. Néanmoins, sans indépendance, comment vivre dignement aux côtés de ceux dont les ancêtres ont soumis vos ancêtres au code de l’indigénat, ou se sont appropriés vos terres sacrées. Il n’existe probablement pas de solution parfaite. Reste à continuer de discuter. Et à essayer de trouver de nouveaux compromis. Car c’est encore ce que l’humain sait faire de mieux.

2 Comments

  1. Isabelle

    Même avec des nuages, c’est beau !
    Des compromis, la vie n’est faite que de ça effectivement, mais discuter cela semble de plus en plus difficile dans un monde binaire !

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