Menu Fermer

Un peu d’histoire fidjienne – suite et fin

Wayalailai

Le temps file sur Wayalailai, et l’heure du départ approche à grand pas. Mais il me semble que nous avions une leçon d’histoire en cours, alors reprenons.

Les Fidji venaient d’obtenir à nouveau leur indépendance en 1970, après l’avoir perdue pendant une centaine d’années, très raisonnable finalement par rapport à d’autres coins du globe. Durant les premières années, les observateurs virent dans ce jeune pays un modèle de démocratie malgré une conséquente inter-ethnicité qui compliquait les choses. Tout reposait sur un concept nommé « voie pacifique », qui voulait que tout problème trouve sa solution en négociant et en palabrant (et tant qu’à faire, en buvant du kava). Deux principaux partis s’affrontèrent lors des toutes premières élections libres du pays en 1972 : l’Alliance Party, défendant les intérêts mélano-fidjiens (minoritaires), et le National Federation Party, plutôt du côté des indo-fidjiens (majoritaires). C’est étonnamment le premier qui remporta assez largement ces élections, grâce au ralliement de nombreux indo-fidjiens : Kamisese Mara, le dirigeant de l’Alliance, était un politique nettement plus brillant que son adversaire ; et les mélano-fidjiens gardèrent donc la main sur le pays, avec Mara comme Premier ministre. Durant ce premier mandat, les deux partis s’entendirent pour ne rien voter qui aille vraiment à l’encontre de l’une ou l’autre des communautés. Une bien belle entente. De façade.

Car lors des élections suivantes en 77, la brève amitié vola en éclat, avec diverses revendications extrémistes au sein de chaque parti et la création de groupuscules : l’Alliance et le NFP étaient globalement accusés d’être un peu trop mous du genou. Après divers rebondissements, Mara garda néanmoins le pouvoir. Idem en 82. Inamovible ce Mara. Mais l’ambiance n’était définitivement plus au beau fixe.

En 87, un tout nouveau parti débarqua et fit basculer pour la première fois le gouvernement du côté indo-fidjien. Pas pour longtemps cependant : un coup d’état militaire rendit le pouvoir aux mélano-fidjiens, et en 90 une nouvelle constitution inscrivit même dans le dur que ces derniers gouvernaient les Fidji, point barre. Ce qu’étrangement, beaucoup d’indo-fidjiens prirent assez mal ; et ils regagnèrent dans la foulée la patrie d’origine de leurs ancêtres. Les Fidji s’en trouvèrent mal en point économiquement (ceux qui étaient partis étaient globalement les plus fortunés), mais l’équilibre démographique rebascula du côté des mélanésiens. L’histoire aurait pu s’arrêter là.

Mais elle s’arrête rarement là où on l’attend. Et une nouvelle nouvelle constitution permit à un indo-fidjien de prendre le pouvoir en 99. Puis un nouveau coup d’état l’en chassa en 2000. Marrant comme l’histoire bugue parfois.

Après quoi il y aura encore un coup d’état, une nouvelle constitution, divers présidents plus ou moins autoritaires, et plusieurs vaines tentatives de réconcilier les deux communautés qui se partagent ce paradis tropical. Tout cela n’étant que de la politique. Car finalement, indo-fidjiens ou mélano-fidjiens, tous se contentent ici de vivre paisiblement leur vie, côte à côte, mais pas forcément main dans la main.

2 Comments

  1. Isabelle

    Vivre paisiblement côte à côte, pas forcément main dans la main.
    Voilà un beau slogan pacifiste, tolérant et réaliste. Pourquoi est-ce si difficile ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *