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Un peu d’histoire fidjienne

Wayalailai

Ce n’est pas parce que je m’éternise sur une petite île paradisiaque que vous allez couper à la traditionnelle leçon d’histoire.

Il y a environ 5 000 ans, les Austronésiens quittèrent le littoral du sud de la Chine, traversant le détroit pour s’installer à Taïwan. À coup de multiples sauts de puces, ces incroyables navigateurs, les premiers de l’histoire de l’humanité (à part les Atlantes bien sûr), descendirent toujours plus vers le sud à travers les Philippines, l’Indonésie, la Nouvelle-Guinée, et enfin les îles du Pacifique. Des fouilles récentes au sud-ouest de Viti Levu (l’île principale) ont révélé des poteries datées de 1 260 avant notre ère (c’est étonnamment précis). On suppose qu’elle appartenaient aux plus ou moins premiers Austronésiens à avoir mis les pieds dans le coin. Qui vécurent heureux et eurent de nombreux descendants.

Puis comme un peu partout dans le monde, les choses se gâtèrent nettement à l’arrivée des Blancs, en l’occurrence d’Abel Tasman, qui « découvre » officiellement l’archipel le 6 février 1643. Il ne s’y arrête pas néanmoins. D’autres grands navigateurs passent régulièrement au large au XVIIIème siècle, mais ce n’est finalement qu’au début du XIXème que de véritables expéditions furent menées dans la région, avec quelques massacres à la clé, pour calmer des indigènes peu réceptifs aux bienfaits de la civilisation. Les colons commencèrent à s’installer. Le santal fut pillé en premier. Puis les peu ragoûtants concombres de mer, dont raffolaient les Chinois. Mais rapidement ce furent surtout le coton et la coco qui furent massivement cultivés par des colons de plus en plus nombreux, s’appropriant progressivement les riches terres agricoles. Dans un autre style, les missionnaires commencèrent à s’occuper du salut spirituel des indigènes, indispensable pour leur garantir une vie éternelle. Ce qui occasionna quelques amusantes scènes de cannibalisme, donnant par là-même l’occasion aux missionnaires de vérifier si leurs théories étaient juste.

Au début du XIXème siècle, l’archipel était divisé en sept chefferies (plus une palanquée de petites tribus dans l’intérieur de Viti Levu). Mais l’une d’entre elles, Bau, va rapidement profiter de la puissance de feu des nouveaux-venus, et en un peu plus d’un demi-siècle, l’archipel sera unifié par Tanoa, le grand chef de Bau, puis par son ambitieux fils Cakobau, qui finit par se proclamer roi des Fidji. Ça aurait pu marcher. Mais non. Endetté, confronté à des tensions croissantes entre indigènes et colons, et devant l’opposition persistante de certaines petites tribus, Cakobau finit par offrir sa massue de guerre à la reine Victoria, et en bonus l’ensemble de l’archipel, qui devint une nouvelle colonie britannique le 10 octobre 1874.

Pour compenser la chute des prix du coton à l’époque, le tout nouveau gouverneur anglais envisagea alors la canne à sucre. Sauf que la culture de la canne demandait une main-d’œuvre importante, et un conséquent effort physique. Effort qui n’emballait guère les Fidjiens. On fit donc venir des Indiens, dont l’Inde regorgeait bien sûr. Et ils vinrent en masse, changeant durablement la structure démographique du pays. Cela ne se passa pas incroyablement bien entre eux et les Fidjiens historiques. Cela ne se passe d’ailleurs toujours pas incroyablement bien. Les Indo-Fidjiens débutèrent leur séjour dans l’archipel sans droits, sans représentants. Ils durent donc se battre, et firent appel pour cela à un certain Gandhi, qui leur envoya un éminent avocat pour représenter leur communauté. Petit à petit, leurs droits furent reconnus, et le pouvoir fut progressivement équitablement partagé entre les trois communautés européo-fidjienne, mélano-fidjienne et indo-fidjienne.

Au tout début des années 50, se produisit finalement la bascule démographique : les Indiens devinrent majoritaires (ils représentent aujourd’hui 40 % de la population fidjienne, les mélano-fidjiens étant repassés légèrement devant). Et poussèrent fortement pour l’indépendance, qui devrait leur être largement profitable. Sauf qu’Européens et Fidjiens freinèrent un peu des quatre fers, craignant une évolution défavorable pour eux. Le grand chef de Bau résumait alors ainsi sa vision du partage des rôles : « La terre aux Fidjiens, le travail aux Indiens et le business aux Européens ».

Mais la marche vers l’indépendance était inéluctable, et en octobre 1970, ce fut plié. Je ne sais pas néanmoins si la massue de guerre de Cakobau fut rendue…

Note : photos un autre jour, désolé…

4 Comments

  1. P'pa

    Est-ce que finalement l’humanité sur cette planète ne serait pas un problème… Un gros problème ! Un peu comme les dinosaures géants à leur époque qui piétinaient tout sur leurs passages. Heureusement, ça n’a pas trop duré. On peut peut-être imaginer la même chose pour l’humanité ?

  2. Isabelle

    Incroyable l’impact des européens partout dans le monde. Ce sont les champions des bouleversements des éco- systemes !

    • Vadrouilleur

      Oui il faut bien chercher pour trouver un pays qui ait complètement échappé à la grande époque européenne… Heureusement, Trump l’a dit, c’est la fin de notre civilisation !

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