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Une dernière ruine pour la route

Ciudad de México

Les Mayas, c’est fait, et avec la manière. Les Zapotèques / Mixtèques aussi. Qu’est-ce qu’il me reste ? Les Olmèques ? Pas simple, les rares sites sont dans des zones du Mexique pas très engageantes. Les Tarasques ? Hmmm là encore, leur capitale n’est pas dans une région très sûre actuellement. Les Aztèques ? Ah ah, ce n’est pas comme s’il restait quelque chose de leur civilisation… Bon bah les Teotihuacan alors ?! Allez ça s’est jouable, et coup de bol, ce n’est qu’à une quarantaine de kilomètres du centre de México.

À son apogée vers l’an 500, 100 000 personnes, peut-être même 200 000, vivent en bonne harmonie à Teotihuacan. La ville est parfaitement organisée : une large allée principale, orientée nord-sud, traverse toute la cité sur près de 5 kilomètres. Au nord, la « Pyramide de la lune », parfaitement alignée avec le Cerro Gordo (un ancien volcan) et sa vaste esplanade de temples. Au sud, la « Citadelle », un immense complexe servant aux grosses teufs de l’époque, pouvant accueillir des dizaines de milliers de participants; avec en son centre le temple richement orné de Quetzalcóatl, le célèbre serpent à plumes. Et à mi-chemin, la gigantesque « Pyramide du soleil », 65 mètres de haut, 225 mètres de côté, plutôt impressionnante (d’autant plus que, fait rare, elle a été construite en un seul jet, sur une petite centaine d’années). Les différentes ethnies sont réparties par quartiers, et vivent pour la plupart dans de larges complexes résidentiels en pierre, avec citernes et drainage des eaux usées. De somptueux palais recouverts de magnifiques fresques se trouvent au plus près des centres religieux, forcément dans une théocratie, ou pouvoir et religion vont souvent de pair. Les terres alentours sont fertiles, le commerce bat son plein avec toutes les régions de la Mésoamérique, et les sacrifices vont bon train, histoire de s’assurer que toute cette bonne fortune ne s’arrête jamais.

Mais au moins deux questions restent en suspens. Qui sont les Teotihuacan ? Car les origines de la ville, vers 200 avant J.C., demeurent pour le moins mystérieuses. On sait que la cité était largement multi-ethnique, et qu’elle était probablement dirigée de façon collégiale, car contrairement aux cités mayas par exemple, on n’a retrouvé ici aucune imposante sépulture de « dirigeant » ce qui laisse supposer que personne n’était vraiment au sommet de la pyramide sociale. Il est donc fort possible qu’il n’y ait pas eu un unique groupe culturel et ethnique dominant à Teotihuacan. Le gros problème des archéologues est que la ville ne propose pas d’archives écrites. Certains suspectent bien un système d’écriture, car plusieurs glyphes ont été identifiés, mais de là à les déchiffrer… On ne sait même pas quelle langue était parlée ici !

L’autre grande question concerne la chute de la cité : car au début du VIIème siècle (voire dès 550), Teotihuacan s’effondre brutalement. Comme souvent, plusieurs hypothèses sont à l’œuvre. On a retrouvé de nombreux bâtiments incendiés le long de l’allée centrale, les premiers archéologues ont donc conclu, un peu vite, à une invasion étrangère. Sauf qu’après extension des fouilles, il semblerait que les incendies se soient limités uniquement aux symboles du pouvoir, avec notamment des destructions méthodiques de certaines statues. On penche donc désormais plus pour une session de troubles internes, même si une invasion par la suite n’est pas à exclure, des voisins opportunistes ayant pu profiter de cette phase critique de l’opulente cité. Le brutal refroidissement climatique de 535-536 (sûrement lié à une massive éruption volcanique d’origine inconnue), qui engendra moult famines de par le monde, pourrait être à l’origine de ces troubles, car dans une société fortement religieuse, quand grosses galères il y a, on sait évidemment qui blâmer !

De nombreux mystères donc, qui interpellent peut-être les hordes de touristes déambulant dans ces impressionnants vestiges d’une civilisation disparue, ahanant à chaque volée de marches, en quête du selfie parfait, la principale divinité de notre époque…

2 Comments

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