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Chasseurs-pêcheurs-graveurs

Alta

J’ai visité aujourd’hui l’Alta Museum, un nom tout simple qui cache un petit bijou du Patrimoine Mondial : des milliers de pétroglyphes gravés par les chasseurs-pêcheurs locaux sur une période s’étalant de 5000 avant JC à approximativement l’an 0 (ils ont dû sentir le début d’une nouvelle ère arriver…). Alors les plus blasés d’entre vous diront « Mouais, quelques vieux graffitis sur des rochers ! » Et ils n’auront pas complètement tort. Mais c’est aussi tellement plus que cela : un incroyable témoignage venu du fond des âges, l’histoire en images d’un peuple, de ses coutumes et croyances, et la volonté toujours tellement actuelle de laisser une trace pour les générations futures. Bien sûr les artistes ne sont plus là pour commenter leurs œuvres (« Ouiii vous voyez, en étirant ces lignes j’ai voulu exprimer toute la puissance brute de l’animal, que j’oppose ici à la détermination et à l’ambition de notre humanité naissante… »). Mais les gravures parlent souvent d’elles-mêmes, et il est facile avec un peu d’imagination de se représenter les antiques scènes de chasse ou de pêche, voire quelques amusantes forfanteries. Un pêcheur sur sa barque, avec au bout de la ligne un énorme flétan. Et juste à côté du poisson, un ours. Traduction possible : voyez mon poisson, il faisait la taille d’un ours… Le pêcheur est parti par la suite s’installer à Marseille avec sa famille. En tout cas vous l’aurez compris, une visite plus que recommandable.

D’ailleurs outre les incroyables gravures (qui s’étendent sur plusieurs kilomètres), le musée comporte une partie didactique en intérieur, sur des thématiques locales très variées. Une histoire a particulièrement retenu mon attention, car elle résonne terriblement avec l’actualité. Dans les années 70, le gouvernement norvégien construit du barrage à tour de bras, répondant à une demande croissante en électricité de la populace. Ils prévoient notamment un gigantesque projet sur la rivière Altaelva, en plein territoire Sami, au risque de détériorer irrémédiablement le fragile écosystème arctique. J’aurai peut-être l’occasion de revenir plus tard sur ce peuple à travers un article dédié, mais pour la faire courte, les Samis (anciennement les « Lapons », mais le terme est plutôt péjoratif) sont les autochtones qui vivent depuis plusieurs milliers d’années dans le nord de la Scandinavie (en Norvège, Suède, Finlande et Russie), avec évidemment leur propre langue, culture, coutumes… Les gouvernements des pays dans lesquels ils vivent se sont toujours efforcés de les éradiquer, ou a minima leur culture, c’est quoi aussi ces sauvages nomades qui élèvent des rennes, et qui refusent les précieux bienfaits de la civilisation ! Mais revenons à notre barrage. Un grand mouvement de contestation émerge chez les Samis, bientôt rejoints par de nombreux militants écologistes du monde entier. Pendant 10 ans, plusieurs recours en justice seront déposés, en vain. Et alors que les travaux doivent finalement démarrer (revus toutefois à la baisse), les contestataires entrent en désobéissance civile, via plusieurs actions de blocage. Le gouvernement va dépêcher sur place des milliers de policiers, qui procèderont à de nombreuses arrestations. Après plusieurs années (années !!!) de lutte entre opposants et forces de l’ordre, le barrage sera finalement construit. Échec des écologistes ? Pas si sûr. Car la saga va profondément marquer la société norvégienne. Ce sera le dernier des barrages, et toutes les rivières du pays seront sanctuarisées. Par ailleurs cela permettra une mise en lumière du peuple Sami, qui se verra enfin reconnaître le droit d’exister, tout simplement. Notamment des parlements samis seront progressivement mis en place en Norvège, puis en Suède et en Finlande dans les années 90 (pas en Russie, faut pas déconner non plus…).

Une conclusion à cela ? Eh bien si vous voulez laisser une trace dans l’histoire, faites-vous artiste, ou faites-vous militant écologiste, et désobéissez, puisque visiblement les gouvernements actuels ne servent qu’à garantir les intérêts de quelques riches pollueurs. Les générations futures vous en remercient d’avance.

2 Comments

  1. P'pa

    Heureusement que certains remontent un peu le courant de temps en temps. Ce n’est pas très démocratique, mais contredire la majorité a parfois du bon. Sinon, super les gravures locales.

    • Vadrouilleur

      Peut-on encore parler de majorité quand un président représente seulement 20% de la population ? Oui très émouvant les gravures (si l’on fait abstraction des bus de touristes qui passent, heureusement en courant).

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