Île des Pins → Nouméa – 3 h de ferry
Transfert en ferry dans l’autre sens, reprenons notre parcours de l’histoire calédonienne où nous l’avions laissé, en pleine Seconde Guerre Mondiale.
En 1940, la Nouvelle-Calédonie se range du côté des Alliés, et devient ainsi une importante base arrière pour les Étasuniens dans leur campagne du Pacifique : ce sont plusieurs dizaines de milliers d’hommes qui débarquent subitement, et avec eux un mode de vie qui n’est pas sans séduire les locaux. D’ailleurs les Kanaks, alors soumis au code de l’indigénat, sont surpris de voir des soldats ou même des officiers noirs dans les rangs de l’armée étasunienne, avec apparemment les mêmes droits que les blancs… Euh, bah et nous alors ?
Heureusement à partir de 1944, la France abandonne progressivement ses archaïsmes, et les Kanaks deviennent des citoyens français comme les autres. L’occasion de créer de nouveaux partis politiques pour prétendument défendre ces citoyens tout frais (je dis « prétendument » car cela se saurait si un parti politique se souciait réellement de ceux qu’il est censé représenter). Ce sont les autonomistes de l’Union Calédonienne, dirigés par Maurice Lenormand, qui vont mettre la main sur la Grande Terre jusque dans les années 70. Économiquement, tout va plutôt bien pour le vaste territoire d’outre-mer, notamment grâce au nickel. Socialement, ce n’est pas encore ça, car les Kanaks sont majoritairement tenus à l’écart de cette prospérité. Et tandis que les archipels voisins du Pacifique deviennent tous des États libres, une génération de jeunes Mélanésiens, formés dans des universités métropolitaines, commencent à évoquer avec insistance cette tentante indépendance. D’abord pacifiquement. Puis un peu moins.
En 1984, le FLNKS (Front de libération national kanak socialiste), dirigé par Jean-Marie Tjibaou, met en place un « Gouvernement provisoire de Kanaky », ce qui marque le début de quatre années de quasi guerre civile, une période de l’Histoire pudiquement nommée les « Évènements ». Ceux-ci culmineront en 1988 avec la « célèbre » prise d’otages d’Ouvéa, qui se terminera dans un bain de sang.
Suite à cela, les deux camps en présence s’assoient autour d’une même table pour discuter plus sereinement : les Accords de Matignon sont signés. Ils prévoient une période transitoire de 10 ans, devant se terminer par un référendum d’autodétermination. En 89, Tjibaou est assassiné par plus extrême que lui : il ne fallait pas signer avec l’ennemi !
À l’approche du référendum de 98, le « non » (à l’indépendance) est visiblement parti pour l’emporter. Pour préserver une paix encore fragile, on oublie le vote, et un nouvel accord est signé, celui de Nouméa. Celui-ci offre une autonomie extrêmement forte à l’archipel (seuls les pouvoirs régaliens sont conservés par la France), et évoque le « destin commun » des deux communautés se partageant les lieux. Là encore, un référendum est censé mettre un point final à toute cette histoire.
Il a lieu en 2018, et c’est le « non » qui l’emporte à 56,4 %. Dans le doute, un deuxième est organisé en 2020 : encore le « non », à 53,26 %. Le troisième (et théoriquement dernier prévu par l’accord de Nouméa) est boycotté par les indépendantistes, et le « non » l’emporte encore et toujours, à « 96 % ».
Ok, et donc maintenant, il se passe quoi ? Un nouveau statut pour l’archipel doit être défini. Les discussions sont aujourd’hui toujours en cours. Sauf qu’un énième évènement vient un peu (beaucoup) perturber celles-ci : en mai 2024, la Nouvelle-Calédonie s’embrase. Littéralement. Et depuis, tout le monde retient son souffle… Vivement le happy end.






Que les humains sont donc compliqués !!!!
Certains oui, mais la plupart ne demandent pas grand chose…