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Deuil partagé

Wayalailai

Pour toujours plus d’immersion dans la culture fidjienne, j’ai eu la « chance » d’être invité il y a deux jours à des funérailles dans le village voisin. Évidemment, « chance » n’est pas le terme le plus approprié. D’ailleurs mon intention première était de ne pas participer, n’étant ni particulièrement voyeur, ni particulièrement amateur d’enterrements (mais qui l’est ?). Sauf que l’on a presque insisté pour que je vienne. Alors je me suis vêtu de noir, et je suis venu, par respect.

Comme souvent aux Fidji, chaque cérémonie se révèle être un étonnant syncrétisme de christianisme et de rituels ancestraux. Je n’ai bien sûr pas tout compris. J’ai posé quelques questions, mais pas trop, ne voulant surtout pas me montrer impoli ou insistant. Mais voici en gros comment les choses se sont passées. Et si d’aventure un Fidjien est amené à lire un jour ce blog, qu’il n’hésite pas à me corriger !

Étant donné que dans chaque village, tout le monde est plus ou moins apparenté, un enterrement concerne pratiquement l’ensemble des habitants, qui commencent par se réunir dans et autour de la maison du défunt, où le cercueil a été déposé. Ce dernier venait d’ailleurs tout juste d’arriver par bateau du continent. Alors je ne sais pas si c’est systématique, mais là ce monsieur s’était rendu en urgence il y a quelques jours à l’hôpital le plus proche (une grosse heure de bateau), et n’en est malheureusement pas ressorti vivant. À noter que les enterrements aussi sont au « Fidji time », il n’y a pas de raison. Je n’assiste que de loin à ce qu’il se passe dans la maison, je suis assis en retrait, au milieu de petits groupes. La foule est nombreuse. Ça chante, ça psalmodie ; ça pleure aussi, beaucoup.

À un moment donné, une délégation arrive, portant tissus chamarrés et bidons d’essence. Il s’agit de la famille de la veuve. Car celle-ci, en perdant son mari, perd aussi son affiliation avec le clan de ce dernier (cela marche dans les deux sens évidemment, même si statistiquement les hommes ont souvent tendance à partir avant les femmes). Elle peut éventuellement choisir de rester (ce qui nécessite l’approbation des deux clans), mais en règle générale, elle rejoint plutôt les siens. C’est donc pour cela que ceux-ci ramènent des présents (deux choses précieuses ici, les tissus pour les vêtements, et l’essence pour les bateaux), une forme de compensation. Finalement, les proches et moins proches, en commençant par les enfants, se succèdent dans la maison pour dire adieu.

La suite se passe plus classiquement à l’église, où le cercueil est lentement conduit au son du tambour. Prières, psaumes, une messe qui m’a semblé plutôt semblable aux nôtres. À la différence que seules trois personnes se relaient pour les discours : un représentant pour le clan maternel, un représentant pour le clan paternel, et enfin un représentant « spirituel », aucune idée de ce qu’il a bien pu raconter…

Enfin, le cercueil repart, toujours au son du tambour, pour être inhumé dans le petit cimetière voisin. Ou pas. Certains se font aussi inhumer juste à côté de la porte de leur maison. Histoire de continuer à veiller éternellement sur les siens.

Bon, maintenant j’attends un mariage.

Note : je vous mettrai quelques photos avec le prochain article…

6 Comments

  1. P'pa

    Je dirais plutôt que maintenant il te reste à assister à une naissance et tu auras fait le tour de la vie sur ces îles.

    • Vadrouilleur

      J’avoue ne pas savoir si l’on naît encore sur ces îles, ou si tout se fait à la maternité, comme partout ailleurs… En tout cas on est entouré d’enfants !

  2. Jean-Marie Perrot

    Après l’enterrement et bientôt le mariage, il te restera la trilogie…mais n’attends quand même pas 9 mois….il y a la Chine qui t’attend !

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